
(2007)
Il y a quelque chose qui pourrait tenir de la trahison ultime dans ce groupe de folk médiéval. Ce n’est pas une question de look (à ce niveau-là, ils ont bien l’air de sortir d’une version cheap du Seigneur des Anneaux), ni une question d’instruments (vielle à roue, mandola, violon, flûtes, guimbarde). C’est bien plus grave encore : une approche radicalement moderniste du folk traditionnel par l’incorporation d’éléments électroniques dans la musique. Samples, loops, landscapes, les Suédois ont sorti toute la panoplie sur ce premier album de 2007, et mettent sur pied d’égalité modernité et tradition pour nous entraîner dans une danse jouissive, une communion avec la nature, les éléments et le temps, comme seul le pagan folk peut nous en proposer. Parce que, en effet, la traîtrise que quelque puriste aurait pu craindre n’aura pas lieu.
On pourrait imaginer que, de par ce traitement de la musique, celle-ci soit condamnée à être prisonnière de son époque, là où d’autres se mettent définitivement à l’abri de cet écueil en semblant ne pas avoir évolué depuis le XIIIe siècle. Et pourtant, on est prêt à parier son chapeau à plume que dans vingt ans cet album n’aura pas pris une ride et n’aura pas subi les outrages que le temps inflige en général à la musique électro, notamment parce que cet assemblage mixé à la perfection d’électro et de folk est posé majoritairement sur des chansons qui ont déjà subi l’épreuve des âges, à savoir des compositions traditionnelles suédoises, islandaises, finlandaises et des Îles Féroé. Rien que d’imaginer à quoi pourrait ressembler Li bia bouquèt ou Li ptite gayole si ces chansons subissaient le même traitement, on se dit que les héritages culturels ne sont vraiment pas les mêmes partout…
Les onze chansons qui nous sont ici proposées dosent savamment la joyeuse danse paillarde, la tension orageuse, et l’invocation mystique, respectant de ce point de vue les canons du genre. Les musiciens sont au-dessus de tout soupçon, maîtrisant parfaitement leur sujet, et insufflent l’énergie, le souffle, ou le minimalisme requis. On ne s’imagine bien sûr pas passer sous silence la très mignonne Anna Katrin Egilstrød dont le chant apporte énormément à l’identité du groupe. Donnant par moment des airs faussement frêles, elle n’hésite pas non plus à déployer toute sa puissance jusqu’à en devenir presque inquiétante. Principal vecteur d’émotions du groupe, on peut dire qu’elle sauve par moment quelques titres plus répétitifs. Parce que c’est là le seul véritable petit reproche que l’on se permettra d’émettre : l’absence de titre définitif, de morceau-phare qui donnera envie de s’enfiler tout l’album, le genre de morceau qui nous renvoie le nom du groupe en pleine figure dès que sont évoquées devant nous les notions de folk, de moyen-âge, de ripaille, ou de gigue autour du feu. Un bon petit disque à écouter, en somme, offert par un groupe à suivre. Mais pas un disque de référence.
