lundi 4 juin 2012
 

The Cure - Faith

(1981)

Samedi 14 mars 2009. 15°C. Premier barbecue de l’année. Vous ne vous êtes pas trompés en cliquant : ceci est bien une chronique du second opus de la cold trilogy de The Cure, le gris Faith. C’est qu’une fois repu de viande grillée et après avoir vidé l’indispensable piquette rosée, il s’est mis à bruiner sur notre délicieux plat pays dont le ciel se para, comme il le fait au moins cinquante semaines sur cinquante-deux, de la même couleur triste que la pochette du successeur du brillantissime 17 seconds. Pour tuer l’après-midi, rien de tel que de sortir le vieux tourne-disques pour faire tourner quelques vinyles parmi lesquels les trois premiers albums de The Cure, trésors récemment offerts par une amie qui vidait ses combles. D’emblée, la magie opère. Une fois l’aiguillon posé sur le trente-trois tours, une fois passé ce grésillement merveilleux, une fois qu’apparaissent les premières notes jamais inscrites sur un disque par Robert Smith et sa bande, c’est un sentiment indescriptible qui s’empare de nous. Et qui pourtant n’est rien en comparaison de ce que nous réserve Faith

A demi enivré, étendu sur le carrelage, la tête posée juste à côté du baffle mono, on est immédiatement happé par le riff extraordinaire de The holy hour qui nous emmène loin, très loin. Incroyable d’imaginer que cette chanson écoutée en tant d’occasions, à toute heure du jour ou de la nuit, puisse encore nous toucher à ce point. On l’a tant aimée, cette chanson, elle a signifié tant de choses, que l’on pensait ne plus pouvoir la goûter que dans un élan nostalgique, mais - est-ce la magie du vinyle ? - aujourd’hui on a à nouveau l’impression de la redécouvrir avec un enthousiasme presque primesautier (si ce n’était cette torpeur avinée). Et c’en est ainsi de tout l’album sur lequel on détecte des sons que l’on n’avait jamais entendu auparavant, malgré son glacial minimalisme.

Malgré cet intérêt renouvelé, on ne peut s’empêcher d’être à nouveau assailli par les images et émotions du passé, lorsque l’on découvrit à seize ans cet album qui allait nous accompagner avec quelques autres dans tout notre parcours. Alors, si on ne peut éviter le couplet sur l’âme du groupe ainsi mise à nu, sur le désespoir suintant de chaque note, sur l’abandon total et la désinvolture lasse qu’inspirent des titres majoritairement lents, sur l’inspiration puisée en errant dans les églises, sur la maladie de la mère de Laurence Tolhurst qui allait entraîner sa disparition, sur l’apparition du maquillage dans le visuel du groupe, la première émotion qui ressurgit est finalement celle, toute personnelle, de la découverte de ce disque et de cette soirée inoubliable durant laquelle Faith tourna en boucle alors que défilaient les pages de Malpertuis de Jean Ray. L’osmose absolue entre les mots, la musique et l’atmosphère du moment fut à ce point marquante qu’aujourd’hui encore il est difficile de lister plus de cinq moments musicaux ayant atteint ce degré d’intensité.

Après l’hypnotique et immortel All cats are grey, on est presque surpris d’entendre le tourne-disques s’arrêter. Eh oui… foutue génération du CD… Bien sûr, on a déjà écouté quelques vieilleries en se disant « c’est maintenant que débute la face B ». Mais cela ne peut en aucun cas remplacer la démarche de retourner le vinyle et de relancer le tourne-disques. Car non, jamais Funeral party n’avait sonné comme cela. La puissance de ce titre n’était plus à démontrer, mais une telle mise sur orbite, une fois encore après ce grésillement de l’aiguillon dont on ne pourra jamais assez vanter l’émerveillement qu’il peut procurer, n’était même plus de l’ordre de l’envisageable. On reste béat devant la construction de l’album, maîtrisé de bout en bout par un groupe de plus en plus sous l’influence de la drogue et de l’alcool, qui parvient à nous tenir en haleine malgré une approche répétitive et une prédominance de la basse, instrument qui a l’art de décourager nombre d’auditeurs qui ne voient en la quatre cordes qu’un métronome destiné à structurer les chansons. Et pourtant cet album ne serait rien sans les lignes de basse immortelles de Simon Gallup. Que dire en effet du conclusif titre homonyme qui ne soit pas une répétition des superlatifs et louanges déclamés depuis plus de vingt-cinq ans ? Rien. On ne voit rien à dire qui rende justice à cette basse, à cette chanson, à cet album.

Le temps de poster cette chronique, et on retourne l’écouter…