lundi 4 juin 2012
 

Lunatic Soul - Lunatic soul

(2008)

Mariusz Duda, leader du – déjà - grand Riverside, nous revient en fin d’année 2008 avec son premier album solo. Plutôt que de décliner certains aspects amorcés par le groupe ou de vider ses fonds de tiroirs avant d’attaquer la suite de l’histoire, le bonhomme nous propose quelque chose de radicalement différent, qui n’a rien, mais alors rien à voir avec Riverside. Avant d’aller plus loin, on ne dira que ceci : l’album ne comporte aucune guitare électrique. Rien que pour ça, respect !

Respect, car si on pouvait émettre un reproche à l’encontre de Riverside, c’est d’avoir rapidement abandonné sur le bord de la route toute spontanéité au profit d’une ambiance et d’un son rôdés, identifiables en quelques secondes, notamment en raison de l’omniprésence de cette guitare et de ses solos. Vu l’immense qualité des trois albums qui nous ont été fournis jusqu’ici, on n’avait jamais été tenté de s’en offusquer plus que de raison, mais l’abandon pur et simple de cet élément fondamental de la musique de son groupe, bien loin de confiner au suicide artistique, confère à l’approche de Mariusz Duda une aura d’intégrité qui le sort (et l’auditeur également) d’une routine nocive à la créativité. Bien sûr, une démarche respectable ne fait pas un bon album, et c’est en gardant bien ce credo au coin de l’esprit qu’on attaque l’écoute de ce disque.

Mais avant de commencer, un mot de l’artwork. Minimaliste et d’un noir extrêmement profond, le digipak est tout simplement magnifique. Ca devient une habitude avec K-Scope, mais après le Schoolyard Ghosts de No-Man et le Hindsight d’Anathema, le label continue de nous fournir de splendides objets.

Pour cerner l’album dans son ensemble, la démarche la plus pertinente semble être de prendre la chose du côté de la thématique et des paroles. Habitué aux disques conceptuels, le Polonais n’allait pas nous jeter en pâture une collection de morceaux n’ayant rien à voir les uns avec les autres. L’empilage de morceaux distincts, on laisse ça à ceux qui n’ont aucune vision globale de leur œuvre, et qui sont incapables de construire un disque dans son ensemble (ou alors on laisse ça à ceux qui sont capables de tout dire en quatre minutes, ce qui semble clairement hors de portée pour Duda). Et donc, après les traumatismes de la rupture et les cafouillages identitaires qui en découlent, le monsieur évoque la mort, rien de moins, au-travers de dix morceaux lents, contemplatifs, où l’acoustique, l’électronique et les sonorités moyen-orientales se partagent la vedette. S’il n’est pas un parolier extraordinaire, on reconnaîtra à Mariusz Duda le talent d’évocation dans ses textes. Donc, même si elles pourraient parfois être mieux écrites, les paroles touchent. Même dans ce cas-ci où, en évoquant un sujet aussi universel et tellement de fois traité, on n’attendait finalement pas grand-chose de bouleversant. Mais en évoquant la peine ou l’indifférence de ceux qui restent, en rappelant que le monde continuera à tourner, et avec cette phrase récurrente : « What will survive of me ? A cardboard with thoughts inside », il parvient à faire mouche plus d’une fois. La musique est à l’avenant, bien entendu. A prendre fondamentalement au premier degré comme en attestent ces larmes versées sur Out on a limb (où l’on nous rappelle que l’auteur est également un bassiste d’envergure) et le ton franchement pas rigolard du chant de Duda.

On s’en serait douté, les fondamentalistes de Riverside risquent d’être un peu déçus par cette trame sonore atmosphérique, lunatique (ben oui…), où le chanteur se lâche beaucoup moins que sur les albums de son groupe principal. Un comble pour un album solo, et pourtant, là où Duda nous épatait plus souvent qu’à son tour avec ses envolées chamaniques, il demeure ici dans un registre tout en retenue, où on ne l’attendait pas forcément, mais qui colle à l’ensemble du disque.

Si on oubliera un peu Prebirth, introduction presque non musicale, on tient avec Lunatic soul et The final truth deux morceaux tout simplement fantastiques. Le premier, très Anathéméen dans son approche (oubliez la radio edit disponible sur le net ! Plus c’est long, plus c’est bon, et cette version de presque sept minutes le confirme encore) ravira les amateurs de lentes mélopées chargées de mélancolie. Le second fait montre d’un travail sur les percussions qui n’a pas fini de nous secouer. Les autres morceaux, loin d’être éclipsés par ces deux monstres habités du feu sacré, sont également de haute volée et achèvent de faire de cet album un objet hautement recommandable.