lundi 4 juin 2012
 

Cradle of Filth – Godspeed on the Devil’s thunder

(2008)

La tradition prétend que les vampires peuvent être anéantis au moyen d’un pieu plongé dans le cœur, auquel les paladins prévoyants auront adjoint un collier de gousse d’ail et de l’eau bénite.Une méthode expéditive que beaucoup aimeraient appliquer à Cradle of Filth qui, après avoir incarné un temps la facette la plus visible du Black metal, a progressivement raboté toutes les aspérités de sa musique pour intéresser le plus grand nombre.Le groupe, lui, n’a cure de toutes ces rancoeurs, ayant depuis longtemps déterminé que le dogmatisme s’accordait mal avec le succès commercial, et continue à exploiter sans complexes mythes et célébrités historiques sur un mode horrifico-grandiloquent.

Après la comtesse Bathory voici déjà 10 ans, c’est à un autre monstre médiéval que s’attaque Cradle of Filth, en l’occurrence Gilles de Rais, grand seigneur et maréchal de France durant la première moitié du XVème siècle, compagnon de Jeanne d’Arc, chrétien fervent mais aussi alchimiste amateur, sataniste occasionnel, psychopathe sadique, violeur et assassin présumé de dizaines d’enfants. Une personnalité aussi attachante que toute désignée pour subir les derniers outrages et la théâtralité grandguignolesque de la part de Dani Filth et de ses fluctuants coéquipiers. Godspeed on the Devil’s thunder fait en tout cas le maximum pour ne déstabiliser personne : intro et outro symphoniques et narratives avec grosse voix d’outre-tombe, hurlements toujours aussi surproduits de Dani Filth, intermèdes, compos à rallonge qui flirtent avec le progressif… Cradle of Filth respecte intégralement le cahier des charges de ce Black metal à visage humain qu’il a littéralement inventé et qui lui permet, malgré les grincements de dents des puristes, de rester encore aujourd’hui le visage le plus familier d’une scène auquel il n’appartient plus réellement. D’ailleurs, l’unique fait saillant à souligner au sujet de de cet album tient justement à cette hybridation tant décriée.

C’est au moment où Cradle se préoccupe à nouveau de disséminer parcimonieusement quelques gages de pureté Black – offensive rythmique cadencée sur modèle AK-47 et hurlement saturé ad libidem – qu’il signe paradoxalement sa désaffiliation définitive à cette scène. Le chant – rauque mais très compréhensible – est bien trop Death ; le ton général des morceaux – violents mais plus mélodiques que jamais – s’inscrit clairement dans le Heavy, et les arrangements symphoniques – toujours aussi involontairement kitchs – sont riches en Gogoth touch. Bref, si on entretenait encore le moindre doute à ce sujet, Cradle est passé de l’autre côté du miroir, celle du groupe qu’on ne présenterait peut-être pas à ses parents mais dont l’odeur de souffre n’est plus qu’un vague souvenir depuis bien longtemps. Comme à chaque fois, cette tendance à arrondir toujours plus les angles lui aliènera une partie de ses fans et lui en fera gagner d’autres, tout spécialement parmi ceux qui, dans le cheptel goth, méprisent Tokio Hotel depuis qu’on leur a acheté un rasoir. Reste qu’au fil de ses longues années de forfaiture, Cradle of filth a acquis une indéniable maîtrise de son sujet. Pour ceux qui ne les ont pas encore pris en grippe en raison de leur nullité en concert, de leur vampirisme de fête foraine et cette fâcheuse tendance à inonder le marché de best-of, mini albums et autres dispensables trappes à pigeons – je sais, ça fait beaucoup – Godspeed on the devil’s thunder reste tout de même un album plutôt agréable, qui vaut largement son prédécesseur Thornography, et se montre même légèrement plus convaincant en dépit d’une carence en morceaux réellement marquants. Une simple variation sur le même thème en fin de compte, mais exécutée avec suffisamment d’esprit d’à-propos et de compétence pour qu’on se laisse convaincre de bonne grâce par cet album sans surprise mais bien construit.