lundi 4 juin 2012
 

X-Makeena - Derrière l’oeil

(2009)

Petit préambule : l’album présentement chroniqué est un album de rap (notamment).

Petit complément préambulaire (le mot n’est pas français, ne le ressortez pas en société) : j’ai une aversion prononcée pour le rap. Evidemment, en tant qu’esthète admiratif de belles sonorités gueulardes, vous plussoierez (pas français non plus) à mon aversion. Par souci d’objectivité, de transparence et de constante remise en question, je me devrais d’ajouter que je n’aime pas le rap que j’ai déjà entendu à la radio et sur MTV ou MCM, ce qui reviendrait pour un rappeur à dire qu’il n’aime pas le rock parce qu’il a entendu Oasis à la radio (et on le comprendrait). Donc, on va dire que je ne connais pas le rap parce que je n’aime pas le peu que j’en ai entendu.

C’est donc le crâne rempli de « yo » et autres a priori faciles que j’insère le CD dans le lecteur. Hé bé ! Il y a de quoi refaire l’histoire de Paf le chien avec moi dans le rôle principal, après ça. Parce que cet album est énorme. Tout simplement énorme.

Alors oui, c’est du rap, et l’oreille a besoin d’un petit temps d’adaptation à ce phrasé… pardon… ce flow. Mais du rap mixé avec de l’électro et du dub, et baigné dans une atmosphère post-apocalyptique impitoyable. Tout commence par un instrumental qui plante bien le décor et nous met dans d’excellentes dispositions pour attaquer la première grosse pièce de la galette : Programmés. Alors oui, le chant heurte dans un premier temps, mais le texte retient toute l’attention, illustré par une musique et une rythmique asservies au sujet : une vision sombre d’une société post-industrielle et déshumanisée. Oui, oui, on parle bien de la nôtre. Le groupe semble habité par son propos radical, presque nihiliste et ne peut dès lors qu’emporter l’adhésion. Pas la peine de chercher à en parler des heures encore : la chanson est fantastique, elle interpelle, perturbe, fait presque peur, et se hisse directement dans le peloton de tête des meilleures choses qu’on ait entendu cette année.

L’album ne maintient pas le niveau tout le long, malheureusement. Les signes contient toujours un aussi bon texte, mais la fusion fond/forme n’est pas aussi aboutie. Robots in love ne parvient pas à intéresser. Mais le disque est émaillé d’autres titres incroyables, comme Masse critique ou Derrière l’œil, qui maintiennent l’attention et la passion en éveil, et hissent l’album tout entier dans le dessus du panier.

Alors bien sûr, il y aurait encore beaucoup à en dire, de cet album, et les amateurs du genre auront bien raison de fustiger mon ignorance m’empêchant de souligner l’évolution du groupe, de mettre cet album en parallèle avec ceci ou cela, passant sous silence quelque détail technique essentiel. Mais ne sachant parler que de ce que je connais, je ne peux qu’inviter les curieux amateurs de beaux textes et d’ambiances sombres à s’essayer à cet album.

A noter également que le groupe ne conçoit pas sa vision que sur disque, mais présente sur scène un véritable spectacle avec costumes et décors en liaison avec le thème des chansons.