
Yumi Unita (2008)
Une chose m’étonne toujours en ce qui concerne les traductions de manga en français : les modifications que l’on fait subir au titre. En l’occurrence, Usagi Drop est ici paru sous le titre de Un Drôle de père, ce qui, la première fois que je l’ai vu en français, m’a furieusement évoqué un titre de sitcom américaine des années 80. Cependant, peu importe, le changement de titre ne change rien à la qualité de l’histoire.
L’intrigue en elle-même est très simple : Daikichi, un célibataire de tout juste trente ans, vient de perdre son grand-père. Il retourne alors dans sa famille pour l’enterrement, et tombe sur le pas de la porte sur une enfant qui prend peur en le voyant et s’enfuit. Il s’agit de la fille illégitime de son grand-père, que ce dernier a cachée à toute sa famille. L’identité de sa mère est d’ailleurs inconnue et la première réaction de la famille de Daikichi est de décider de la placer dans un orphelinat. Daikichi se révolte donc contre leur choix et décide de prendre la petite fille avec lui, bien qu’il n’ait aucune expérience avec les enfants. La suite de l’histoire suit les aventures douces-amères de Rin, la petite fille, et de Daikichi, entre les petits tracas de la vie de famille et les grandes questions sur l’avenir de Rin.
Outre son côté frais et amusant (il est très drôle de voir Daikichi découvrir avec horreur les tracas liés à l’inscription d’un enfant à l’école, ou apprendre à coiffer Rin), ce manga brasse des thèmes plus profonds, comme le vieillissement, l’acceptance et les changements que peut occasionner un enfant dans la vie d’une personne. Daikichi, qui jusque là ne s’était jamais préoccupé de sa maturité, se voit contrait d’agir "en adulte" pour rassurer Rin et répondre aux milles questions qu’elle se pose. Il doit aussi lutter contre sa famille, qui refuse la petite fille et découvre chaque jour un peu plus ce que signifie le mot "parent". L’histoire fait un bon de dix ans entre le tome 4 et le tome 5, ce qui met encore davantage ces thèmes en perspective. Devenue presque adulte, Rin connait sa première déception amoureuse et est perdue face à son avenir. De son côté, Daikichi, toujours célibataire, essaie d’être pour elle un soutien, mais se sent quelque peu dépassé par les élèvements.
Vous l’aurez compris, dans ce manga, pas de méchants ou d’aventures rocambolesques, juste un tissu de relations entre les différents personnages qui évoluent et font parfois des nœuds avec le temps. Les réactions des personnages tombent toujours très juste, et on se prend très vite d’affection pour eux. Il serait facile pour l’auteure de tomber dans le mièvre (« bouh la pauvre petite fille orpheline abandonnée par sa mère, ouin ouin ouin ») mais elle évite les écueils avec brio et nous offre une chronique très tendre d’une famille pas tout à fait ordinaire.
