
(2009)
On l’attendait sans l’attendre, ce nouvel album de Trisomie 21. Après tout, il avait fallu sept ans entre Gohohako (1997) et Happy Mystery Child, attente qui aurait pu se répéter, tant justement, Happy Mystery Child nous avait rappelé l’immense talent du groupe. Un disque d’une immédiateté et d’une efficacité étonnantes, détonant réellement dans le paysage cold-wave et électro actuel. Exemple rare d’un style plus actuel mais ne démentant jamais son histoire. Pour ce nouvel album, T21 nous promettait une approche plus rock - il est vrai que l’album de 2004 contenait de vraies perles dansantes (la perle revenant à No Search for us), et il est vrai aussi que T21 n’a jamais labouré la même terre deux fois. Après une compilation sortie chez Alfa Matrix il y a deux ans, assortie d’un live, fêtant leur 25e anniversaire, nous avions vu le groupe nordiste fournir une prestation enthousiasmante au festival de Waregem. Il restait à voir sur disque ce que cette énergie pouvait donner.
Et l’énergie, elle est bien là. Dès l’ouverture (The Camp), la rythmique et le sample vocal marquent comme un coup de poing. Dès que la voix de Philippe Lomprez se fait entendre, la magie prend. Et la magie de cette voix, c’est qu’elle vous prend à chaque fois comme si c’était la première. Une voix atonale, décriée par beaucoup par ignorance, et une tonalité unique, qui portent la mélancolie comme personne. Les lignes de basse et les riffs de guitare qui marquent les titres suivants jouent la retenue, restent du domaine de l’épure, sans jamais de démonstration. Et pourtant, on reste pantois face à une telle efficacité. Les titres défilent, dans une certaine uniformité d’esprit, mais pas forcément d’ambiances, allant de l’aérien Glistering like gold, au Depeche Modesque Shakespeare, en passant par le très rock One minute in the dream world. La facilité de l’ensemble est saisissante, chaque élément respirant la décontraction des frères Lomprez, Hervé étant autant à l’aise au jeu et à la production que son frère au chant. Les tonalités sombres de certains titres sont non seulement hypnotisantes, mais très émouvantes, nous emmenant vers des domaines dont Robert Smith a depuis longtemps perdu le chemin. Les frères Lomprez vous emmènent au bord du précipice, en vous tenant la main. Et pourtant, on n’a qu’une envie, c’est regarder le ciel.
Clairement, ce disque apparaît comme assimilable par les masses, sans pourtant répondre aux carcans de la pop - on aimerait que, si cet album doit vraiment être leur dernier, il soit celui de la reconnaissance en dehors de certains milieux. Des titres comme Hear me now ou Shadows Army sont des vecteurs parfaits. Il faut également mentionner l’adjonction, pour l’édition limitée, de remixes sympathiques (par Adult, Jack de Marseille et - on a envie de dire "évidemment" - de Daniel B. de Front 242) et de faces B tellement réussies qu’elles n’en sont pas. Cela dit, le livret testamentaire retraçant l’histoire du groupe, la photo de l’immense photographe et portraitiste Jeanloup Sieff qui orne la pochette, et l’annonce de la tournée à venir comme étant la dernière, nous font porter un regard différent sur ce disque. S’il doit nous accompagner pour longtemps, si l’on doit vieillir avec lui, nous sommes prêts. Shed a tear...
