lundi 4 juin 2012
 

Tracy Chapman - Our bright future

(2008)

Vous le saviez, vous, que Tracy Chapman était active depuis plus de deux décennies ? Façon de parler bien sûr... Tout le monde sait que Talkin’ about the revolution, Fast cars ou même Bridges ne datent pas d’hier. Mais la native de Cleveland fait partie de ces personnalités si discrètes, humainement et musicalement parlant, qu’on oublie jusqu’à leur existence entre deux albums. Et comme ces mêmes albums, hormis lorsque l’un ou l’autre de leurs titres crève l’écran (ce qui n’est plus arrivé depuis un bon bout de temps, faut dire), semblent tous coulés dans le même moule paisible et pacifique, il est parfois difficile de recadrer chronologiquement le parcours de Chapman. Comme l’indique le titre de ce huitième opus, l’humeur générale de la dame rôde toujours entre chien et loup, résolue à ne pas sombrer face à l’adversité mais trop lucide pour prétendre que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sa voix, plus douce et apaisée qu’autrefois, moins expressive peut-être, laisse transparaître une certaine prise de distance avec l’actualité, qui ne décevra sans doute que les forcenés du "Tout art est politique". Il est vrai qu’avec les ventes plus modestes des années 2000, Tracy Champan n’est plus cette voix officieuse de l’Amérique qui résonnait sur les campus au début des années 90. Un constat qui ne semble pas la perturber outre mesure d’ailleurs. Nul n’interdit à un artiste d’exposer son point de vue sur le monde qui l’entoure. C’est même une activité souhaitable dans la mesure où il ne confond pas le micro de la scène et le gueulophone de la manifestation syndicale. Une nuance de taille que Tracy Chapman a très vite intériorisée, au point d’avoir toujours traité chaque sujet avec un appréciable recul.

Il en va de même aujourd’hui : barde vagabond des temps modernes, prônant l’amour et l’idéalisme, fustigeant la violence et le cynisme ambiant, Tracy Chapman ne cherche pas à se réinventer, et surtout pas au niveau de ce folk doux et académique que seules de discrètes touches de Soul, de jazz (la très belle I did it all) ou de reggae viennent troubler. Indifférente aux sirènes du succès de masse mais sensible à entretenir ce que sa fan-base apprécie en elle, cet artiste pleine d’humilité continue son petit bonhomme de chemin, sans chercher à s’imposer, avec une simplicité qui inspire une fois de plus une sympathie sans commune mesure avec l’impact réel de ce disque au demeurant fort mineur.