
Neil LaBute (2006)
Oh nooooo, not the bees, not the beees !!! et How’d it get burned ?? How’d it get burned ?? sont les deux seuls éléments à retenir de cette réalisation qui concourt en bonne position pour le statut de nanar ultime des années 2000. Non seulement l’immense Nicolas Cage y témoigne pudiquement de son problème d’auto-écholalie (Ce n’est pas une blague : regardez n’importe quel film où il cachetonne pour vous en convaincre) mais ces deux citations, délicieusement bouffonnes et merveilleusement hors-contexte, sont d’ores et déjà vouées à entrer dans l’histoire, avec le même statut légendaire (quoique pour des raisons fort différentes) qu’un Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît (Citation, elle, très adaptée au film et à son inénarrable interprète principal.)
D’ordinaire, la règle exige que les remakes fassent pâle figure en comparaison des originaux. Mais The Wicker Man fait beaucoup mieux que ça : il transforme une référence d’un certain poids en prétendant sérieux au titre de couillonnade de la décennie. Edward Malus, flicard dépressif, vole au secours de son ex petite amie dont la fille a mystérieusement disparu. Le problème, c’est que la demoiselle réside sur une île dirigée par une étrange communauté agricole autarcique, où personne ne semble disposé à collaborer avec un type venu du Continent. Le coup classique du héros solitaire plongé dans une tribu de dégénérés, on le connaît par cœur mais la première mouture de Wicker Man n’en restait pas moins un excellent film, inquiétant et plus réfléchi que la moyenne. Pour poser les bases du désastre actuel, prenez la version originale, retournez-la comme un gant, faites disparaître tout élément susceptible de ne pas être immédiatement compréhensible pour un spectateur doté d’un QI de 52 et vous obtiendrez le remake. On passe de la Manche au Pacifique nord, le flegmatique enquêteur britannique cède sa place à un lourdaud dépourvu du plus élémentaire bon sens, tandis que la communauté païenne et paillarde des îliens anglais se transforme en bagne féministe mortifère. S’il ne s’agissait que de ces quelques éléments transposés dans un nouveau contexte, on pourrait encore passer l’éponge mais la nouvelle version met une belle constance à échouer sur tous les plans. The Wicker Man était un film à la symbolique glauque et son message ambigu renvoyait dos à dos toutes les forces en présence. Pas de cas de conscience de ce genre ici : on a le représentant de la loi, plein de bonne volonté mais con comme un manche, face aux méchantes féministes néo-celtes. A l’exception d’Helen Burstyn et Leelee Sobieski, malheureusement réduites à de fugitives apparitions, personne n’a d’ailleurs l’air de prendre tout cela très au sérieux, et surtout pas un Nicolas Cage – fabuleux pléonasme ! - complètement à côté de ses pompes.
Une atmosphère réussie et une mise en scène intéressante auraient pu constituer la dernière planche de salut à laquelle se raccrocher au milieu du naufrage : là aussi, c’est raté, indiciblement raté. Observer Malus qui découvre l’île est aussi flippant qu’un reportage du National Geographic sur la migration annuelle des gnous. A compter du moment où les pièces de ce puzzle 3-5 ans commencent à se mettre en place, tout est tellement prévisible et imbécile que le but du jeu semble être de deviner le contenu de la scène suivante (ce qu’on réussit à faire la plupart du temps). Edward Malus, à bout de nerfs, finit par se la jouer Rocky chez les Amazones, distribuant les beignes à tour de bras. Il s’agit peut-être bien de l’unique moment amusant du film car The Wicker man ne fait même pas partie de ces spécimens que leur nullité rend involontairement drôles minute après minute. C’est juste un nanar assez consternant qui enfile les clichés comme des perles et échoue à générer autre chose que le sentiment a posteriori d’avoir frôlé du doigt l’essence même de la nullité cinématographique.
