lundi 4 juin 2012
 

The Neon Judgement - Smack

(2009)

Le dernier album de The Neon Judgement, Dazsoo, datait de 1998. Ensuite, le groupe avait cessé ses activités, puis fini par reprendre des concerts en 2005 pour promouvoir la sortie de l’excellentissime compilation BOX, adjointe de remixes des plus grands de l’électro actuelle. Depuis onze ans, Dirk Da Davo délaissait son comparse TB Frank pour œuvrer au sein de son propre label, Dancedelic-D, avec son projet solo Neon Electronics. Ce projet devenait tellement prenant pour lui, et tellement efficace (avec des titres tout simplement monstrueux avec The Hacker et Franz & Shape sur son dernier album Monkey ever after), que l’on pouvait craindre que The Neon Judgement en resterait aux performances live. D’autant que la collaboration entre un Dirk Da Davo toujours plus fan d’électro et un TB Frank toujours plus fan de rock pouvait sembler plus difficile. Raté. Après plusieurs années à jouer tous leurs vieux titres, l’envie leur vint de graver sur disque leur rage et leur énergie, toujours là.

Nous voilà donc avec Smack, album à la pochette sanglante. Un album de dix titres - tiens, ça rappelle leur premier album, 81-84. Et il n’y a pas que ça. Car en mettant l’album dans la platine, on se trouve face à un animal hybride. Ces dernières années, on pouvait se dire que TNJ avait nourri Neon Electronics - Da Davo reprenait en effet à son compte des titres du duo pour les moderniser. Maintenant, c’est l’inverse, c’est Neon Electronics qui booste TNJ. Comment dire ? Vous avez tout ce qui fait l’essence de TNJ : les voix, les atmosphères assez froides, la guitare, et bien sûr la rythmique - mais une rythmique qui est passée par les clubs. C’est dansant, c’est à la fois sombre et joyeux, c’est juste irrémédiablement prenant. Le disque s’ouvre sur la chanson éponyme, Smack, minimaliste, mélangeant une note de guitare, des sons technoïdes, et des vocaux éparpillés. Un titre tout simple, mais qui fait taper du pied, et qui se conclut par une guitare acoustique ironique. Ensuite, l’enchaînement des titres est tel qu’il est difficile d’imaginer qu’il ne s’agit pas là d’un des meilleurs albums du groupe. Aussi fort mélodiquement que leur tube Tomorrow in the Papers, The great consumer développe de façon imparable les thèmes habituels du groupe, avec un TB Frank qui semble improviser à la guitare derrière l’électronique. Une guitare qui selon les titres est tout juste fantômatique, et sur d’autres, réellement la force qui entraîne le reste. Pour preuves en sont probablement les deux meilleurs titres de l’album, The Speed of Sound, innovateur et dynamique, et le superbe Little Red Shoes, où TB Frank instaure des ambiances de BO de film noir sur fond technoïde. Un mariage toujours surprenant. Entre-temps, on reste hanté par le single très froid qu’est Leash, dont les images du clip nous restent en tête, le faussement basique I cut loose (dont la structure montre les grandes qualités de producteurs du duo), et le vintage et mélancolique Shiny Happiness.

On pouvait craindre que ce groupe, comme tant d’autres, se plante pour son retour sur disque. C’aurait été oublier que The Neon Judgement a toujours cherché à innover au cours de sa longue carrière, justifiant ainsi à chaque instant sa place à la croisée des chemins de l’électro belge et de la cold wave. Smack apparaît au premier degré comme un album groovy et dansant, mais dégage des ambiances bien plus complexes, qu’on n’entend plus très souvent dans les productions actuelles. On ne peut donc que se réjouir de leur retour.