
Peter Berg (2007)
Croulant sous les louanges pour avoir radicalement tourné le dos à tout manichéisme, ce film de Peter Berg (connu également comme acteur – le type qui s’est fait rouler dans la farine par Linda Fiorentino dans The Last Seduction, c’était lui) débarquait davantage avec l’aura d’un film apte à satisfaire les bienpensants qu’avec celle d’un bon film tout court. Heureusement, tant pour les amateurs de grosses pétarades, de suspense prenant, et de films savamment construits et solidement charpentés, The Kingdom ne mise pas que sur le capital sympathie qu’il peut engendrer auprès des électeurs du parti Démocrate.
Tout commence par un générique, véritable modèle d’intelligence et de vulgarisation des enjeux géopolitiques qui sous-tendront l’ensemble du film. Informatives, précises, concises, originales dans leur présentation, ces quelques minutes animées suppriment la nécessité de tout dialogue (ou monologue) trop écrit et ex-cathedra qui donneraient au film des airs auxquels il ne veut prétendre. A partir de là, le décor est planté, et on a compris que le film serait un poil plus malin que la moyenne.
Et donc, à part un côté documenté et bien pensé, qu’a-t-il pour lui, ce film qui parle d’enquêteurs américains qui vont foutre la nique au enquêteurs d’Arabie Saoudite sur leur propre territoire en faisant mieux qu’eux et aux vilains terroristes qui ont sauvagement assassiné toute un troupeau de yankees ? Outre le fait qu’il est criminel de le résumer aux lignes ci-dessus, le film de Peter Berg se distingue par une mise en scène de premier plan. Le film est produit par Môssieur Michael Mann (qui a dirigé Berg sur Collateral), et ça se sent. Pour peu que vous soyez aussi monoManniaque que votre serviteur, cet argument devrait vous suffire à vous ruer sur le film. Une caméra qui colle aux personnages, une gestion de la musique (très beau score de Danny Elfman, soit dit au passage, qui tourne le dos à la musique héroïque et martiale qui sied d’habitude à ce genre de métrage) qui privilégie le côté atmosphérique du film, une attention portée au développement psychologique de tous les personnages, des protagonistes principaux aux personnages prétendument secondaires, un soin du détail et une précision dans le cadrage qui sait parfaitement montrer ce qui doit être montré… les exemples ne manquent pas pour rapprocher The Kingdom de la presque parfaite filmographie de Michael Mann.
Par ailleurs, tout comme les films de son illustre producteur, l’œuvre de Peter Berg est servie par une interprétation solide. Bien entendu, Jamie Foxx est un bon (combien de fois a-t-il tourné avec Mann, d’ailleurs ? Trois fois jusqu’à présent) et il confirme tout le bien qu’on pense de lui. Jennifer Garner se montre par contre un peu transparente, malgré les arguments que son personnage avait à défendre.
Enfin, le scénario tient en haleine tout le long. La première partie, qui montre les efforts de Jamie Foxx et de son équipe pour parvenir à aller enquêter sur les lieux de l’attentat en Arabie Saoudite est suffisamment nerveuse et expédiée que pour ne pas lasser. L’enquête menée sur place n’est pas follement originale, mais en fait on se fout un peu de savoir qui est l’auteur, tant on est pris par le développement des relations entre les personnages. Quant à la dernière partie, qui vire au film d’action tonitruant, elle est également soufflante. Engagée brusquement et ne laissant plus le spectateur respirer avant la fin, elle parvient à maintenir à la fois le spectacle purement visuel et la tension psychologique. On en viendrait presque à imaginer qu’il pourrait arriver quelque chose à l’un des personnages principaux (on est bon public, ou on ne l’est pas). Filmée dans un style « documentaire au plus près de l’action » très en vogue, la séquence culmine lors d’une embuscade qui n’est pas sans rappeler celle, inoubliable et véritable modèle du genre, de Danger immédiat (le troisième épisode des aventures de Jack Ryan).
Après une telle séquence, Berg a le bon goût de clôturer assez rapidement son film, sans songer une seconde à le bâcler, puisqu’il nous envoie à la figure une conclusion parfaitement et absolument glaciale, qui, sans être le moins du monde un des ces final twists dont on commence à en avoir ras la casquette, ne nous donne qu’une seule envie : revoir à nouveau le film
