
Richard Kelly (2009)
Donnie Darko m’avait intrigué, mais pas fasciné. Il m’était difficile de lui reconnaître cette étiquette de film-culte qui semblait pourtant lui avoir été accolée sans contestation aucune. Il était néanmoins logique que son réalisateur s’imposât comme un des nouveaux metteurs en boîte à suivre.
Mais avec ce troisième long, impossible désormais de nier l’immense talent du bonhomme. The Box est certainement l’un des meilleurs films de l’année, et il risque de hanter ses spectateurs bien au-delà du millésime. On ne vous en dira pas plus sur l’histoire que ce que vous pourrez en voir durant les cinq premières minutes, à savoir qu’un beau matin, Norma et Arthur Lewis (interprétés par Cameron Diaz et James Marsden) découvrent une boîte devant leur porte. Révéler les détails de la descente aux enfers qui s’ensuivra serait criminel.
On est subjugué par la multitude de niveaux de lectures que propose le film, du thriller sci-fi paranoïaque à la fable métaphysique. Les références, qu’elles soient mythologiques (la boîte de Pandore, bien sûr), littéraires (Sartre et sa définition de l’enfer), voire religieuses s’entrecroisent, s’entrechoquent même dans leur dessein de sonder l’âme humaine. Et c’est là que l’on s’incline devant le brio de la fable : nous faire nous interroger sur nous-mêmes, sur qui nous sommes vraiment, alors que les situations décrites relèvent, dans notre monde réel de la pure hypothèse théorique. Le film rejoint ici clairement les mythes anciens qui parvenaient à décrire la psyché et l’âme humaine au moyen de récits fantastiques, fantasmagoriques.
Ce scénario complexe et intelligent est, de plus, servi par une réalisation qui a fait le choix de la sobriété pour instiller une ambiance hypnotique et particulièrement malsaine (la simple présence du personnage d’Arlington Stewart, sobrement interprété par Frank Langella, son apparence insensée, sa diction très scolaire, tout chez lui fait froid dans le dos). Cameron Diaz et James Marsden sont également parfaits. Cameron Diaz, particulièrement, mérite d’être couverte d’éloges. Loin de la diva, loin de la bombe sexy, loin de la bonne copine marrante, elle apparaît ici prématurément vieillie, consumée de l’intérieur, elle est la représentation parfaite d’une madame-tout-le-monde. Car Hollywood nous a pour une fois débarrassés de son upper-middle class coutumière et nous présente des gens auxquels on s’identifie réellement. Des personnes avec leur vécu, leurs joies et leurs peines, leurs difficultés et leur part de responsabilité dans ces difficultés, des rêves déçus. Et pas ces sempiternels anti-héros au bord du gouffre et qui n’ont d’autres choix que de sauter, la part de culpabilité qu’ils auront alors à porter étant réduite à peau de chagrin.
Le seul petit bémol que l’on se permettrait d’émettre est la fournée de clés de compréhension du récit qui nous est livrée juste avant le dernier acte. Un peu comme si le réalisateur avait voulu nous donner de quoi nous rattacher à un scénario lisible, alors que nous ne demandions finalement qu’à nous complaire dans l’abstraction du récit. Mais le dernier acte, grand moment de tragédie, vient à ce point nous secouer et nous bouleverser que les minces écueils évoqués sont totalement oubliés, balayés par la puissance des émotions dégagées par ces quelques minutes foudroyantes. Du grand cinéma… du cinéma de grand.
