
Trey Parker (2004)
Les Team America sont des hommes, des vrais. Des héros qui mettent tous les moyens en oeuvre pour sauver l’Amérique et la démocratie des périls qui la menacent. Ainsi, lorsque le dictateur nord-coréen Kim Jong-Il menace la sécurité du monde libre, nos barbouzes favoris n’hésitent pas une seule seconde à recruter Gary, un acteur de Broadway, pour infiltrer les groupuscules islamistes auxquels le tyran mégalo sous-traite la sale besogne. Accessoirement, les Team America sont aussi des marionnettes en vinyle qui évoquent les célèbres Thunderbirds, et les deux marionnettistes aux commandes du projet ne sont autres que les créateurs de South Park. Avec ces deux grands malades que sont Trey Parker et Matt Stone, on peut être assuré que tout le monde en prendra pour son grade. Si le militarisme américain est évidemment en ligne de mire (les Team America sauvent Paris d’une attaque terroriste en détruisant au passage le Louvre, la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe ; le Sphinx et les Pyramides subissent le même sort en Egypte un peu plus tard), les acteurs militants d’Hollywood (Sean Penn, Susan Sarandon, Tim Robbins, … réunis au sein de la Film Actor Guild, ou F.A.G… !). ne sont vraiment pas mieux lotis. Les gouvernements mondiaux, grotesques et caricaturaux, et Michael Moore, le « pacifiste facho » sont eux aussi logés à la même enseigne. Le tout est bien évidemment enrobé dans l’humour Trash cher à Stone et Parker, toujours aussi généreux en délires gores et scato-sexuels.
Il serait pourtant très abusif de considérer Team America comme un film engagé, ou même comme une satire ciblant prioritairement les travers de l’Amérique. Avant toute chose, Team America est une extraordinaire parodie des films d’action hollywoodiens. Chaque séquence déborde de tous les clichés rencontrés dans les poids lourds du genre, de l’inévitable phrase à la con (« Parfois, y croire est la seule chose qui reste à un soldat »), au traumatisme d’enfance qui perturbe la sexualité adulte du héros, en passant par la camaraderie virile, les balades en moto sur fond de musique FM et les idylles sentimentales impossibles (élément qui permet à Parker d’innover en réalisant la première séquence porno entre marionnettes de l’histoire du cinéma). Si on ne hurle pas forcément de rire à chaque instant, il y a tout de même un bon paquet de scènes dont il est difficile de se remettre (au hasard, la déchéance vomitive de Gary Johnston dans l’arrière-cour d’un bar, ou les apparitions monosyllabiques de Matt Damon) et Team America détourne les codes des films d’action avec un tel entrain qu’on passe un moment inoubliable à relier chaque scène de ce film aussi iconoclaste que jouissif à l’un de ses modèles hollywoodiens.
