lundi 4 juin 2012
 

Sweeney Todd, the devil barber of Fleet Street

Tim Burton (2007)

Bon, on va vous éviter les couplets classiques sur la sixième collaboration entre Depp et Burton, sur l’origine du projet qui traîne dans les tiroirs du réalisateurs depuis des années, sur la difficulté à imposer les deux acteurs principaux que d’aucuns avaient du mal à imaginer dans leurs parties chantées et sur l’émoi qu’ont causé les flots d’hémoglobine auprès des producteurs. On va plutôt s’attarder sur ce qui fait de ce Sweeney Todd la meilleure réalisation de Tim Burton depuis au minimum Sleepy Hollow (et on pourrait même, sans exagérer, mais cela risque de ne pas rencontrer l’aval du plus grand nombre, parler du meilleur film de l’ensemble de la carrière du plus grand enfant du septième art).

A priori, rien de bien neuf sous le soleil (façon de parler) : l’acteur fétiche, l’épouse qui commence à devenir une habituée également, des personnages en marge de la société, une imagerie gothique et décalée. Ne manque finalement que Danny Elfman… Et pourtant le film est radicalement différent de toutes les livraisons passées de l’auteur de Edward aux mains d’argent. Pour commencer, qu’il s’agisse des décors, des costumes, de la photographie, des maquillages, Sweeney Todd nous offre les images les plus belles, les plus évocatrices, les plus baroques, les plus envoûtantes qu’on ait vues du Londres de l’époque victorienne. It smells like shit and the vomit of the world inhabits it. La phrase est aussi dure et cruelle que le personnage interprété par Depp, et elle nous trotte dans les oreilles à chaque plan de ce Londres où la cruauté des hommes atteint les mêmes sommets que ceux du Pérou. Un régal pour les yeux, donc, mais également pour les oreilles. Le film comporte une trentaine de passages chantés par l’ensemble du casting, avec quelques thèmes forts qui amplifient les émotions engendrées par les images au-delà de ce qui pourrait résulter de « simples » lignes de dialogue. L’aspect « comédie musicale » était clairement le défi à relever, l’aspect du film où Burton aurait pu se prendre les pieds dans le tapis. Le résultat impose que l’on s’incline bien bas devant le maître. Et puis, il y a Johnny Depp. On pensait avoir tout vu de Depp, et on n’imaginait pas avoir droit à autre chose qu’un mix entre ses personnages interprétés dans Sleepy Hollow et From Hell. On est à nouveau désolé d’avoir pu émettre des doutes, car sa prestation nous met sur le cul, et ce dès les premiers instants. Avec un look plus « Robert Smith » que jamais, et sa trogne des mauvais jours dont il ne se dépare à aucun moment, on pourrait penser qu’il finirait par lasser, mais son regard conserve son intensité et sa violence tout le long, atteint des pics de folie insensés en certaines occasions que l’on se gardera de commenter ici.

Ce qui plait tant dans ce film, outre sa noirceur sans concession, la tristesse et la folie qu’il dégage, c’est peut-être le fait que Tim Burton a délaissé sa coutumière fantaisie enfantine. Son style n’est en rien changé, comme le démontre la scène hallucinée où Helena Bonham-Carter s’imagine vivre avec Sweeney Todd, et le métrage est empreint de cette personnalité unique, mais le réalisateur est allé jusqu’au bout du concept de tragédie horrifique, et l’humour qu’il a injecté renforce le côté absurde et horrible des situations plutôt qu’il ne les dédramatise. On ressort de ce Londres soufflé, atteint là où ça fait mal, impressionné.