
Rocky Morton & Annabel Jankel (1993)
Avant même que sa première scène ne soit tournée, il était couru d’avance que Super Mario Brothers serait un massacre intégral. A moins d’un miracle ou d’un réalisateur doté de capacités surhumaines, il était tout simplement impossible de rester fidèle à l’esprit du jeu et de réaliser un film crédible en même temps. Un petit personnage qui sautille, latte des tortues, bouffe des champignons et sauve des princesses roses bonbon, ce n’est définitivement pas un principe susceptible d’être retranscrit efficacement dans un univers « réel ». D’un autre côté, il n’était pas non plus envisageable d’abandonner tout lien avec le concept original et de continuer à appeler ce machin « Super Mario ». Du coup, les réalisateurs ont emprunté une voie médiane, que même un simple d’esprit aurait jugée vouée à l’échec : modifier l’univers et l’ambiance, conserver tous les détails secondaires.
Mario et Luigi (Hoskins et Leguizamo, qui détourneront la tête d’un air gêné si vous leur parlez de cette tache sur leur carrière), deux plombiers de Brooklyn, volent au secours d’une archéologue (la princesse - on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a) qui a mis à jour un passage vers une autre dimension. La dimension en question est peuplée de sauriens que des milliers d’années d’évolution parallèle ont plus ou moins gratifié d’une morphologie humaine, et le dictateur du coin, Koopa, (Dennis Hopper, qui devait avoir une meute de créanciers au train) essaie d’envahir la dimension des humains. Loin d’être fleuri et cartoonesque, le monde où se baladera Mario ressemble à un croisement avorté entre Mad Max et Blade Runner : populace hostile et décadente, grisaille, pluies acides et pollution, véhicules customisés circulant grâce à un réseau électrique qui quadrille la ville, … ne serait-ce le côté hautement ridicule des autres éléments du film, cet environnement posséderait encore quelque mérite. Mais on se demande bien quel est l’intérêt de plonger un inoffensif petit plombier italien dans ce genre d’ambiance limite cyberpunk. On continue dans le ridicule avec l’inclusion des fameux éléments « Marioesques » : dans cette métropole glauque se baladent des petites bombes souriantes et un vélociraptor - Yoshi dans le jeu - curieusement bloqué à son stade primitif, tandis que des colosses au crâne minuscule font régner l’ordre (les goombas, adversaires de base du jeu). Le summum est atteint lorsqu’il s’agit d’insérer l’élément « champignon » de l’univers de Mario. Rien de plus facile : le dirigeant légitime du peuple saurien a été « dé-évolué » par Koopa et réduit à l’état d’une mycose géante qui s’est infiltrée partout en ville. Je n’invente rien.
Si, après une intense séance d’autosuggestion, on arrive à passer outre la prestation calamiteuse de tous les acteurs impliqués, le ridicule consommé des situations et le côté bancal et mal fagoté du scénario, il reste toujours le défaut le plus capital de cette daube atroce : à chercher à concilier l’inconciliable, Super Mario ne parvient à toucher aucun de ses publics-cible. Les gosses se demanderont pourquoi leur petit personnage favori se trouve plongé dans un endroit aussi sombre et futuriste, les adultes penseront bien vite que tuer un homme-lézard à coup de débouche-chiotte est un peu dur à avaler. Bref, un beau, un grand, un magistral ratage, de ceux qui laissent une empreinte indélébile dans l’esprit du spectateur, et devraient être projetés dans toutes les écoles de cinéma en tant que contre-exemple absolu.
