lundi 4 juin 2012
 

Slipknot - All hope is gone

(2008)

Le Metal américain a toujours possédé ses incubateurs privilégiés : New York et le New Jersey, la Californie, la Floride, la région de Detroit… mais l’Iowa n’en a définitivement jamais fait partie. Du moins jusqu’à l’arrivée de Slipknot à la fin des années 90, qui a permis de faire apparaître la ville de Des Moines sur la carte du monde. A bien y réfléchir, le vaste succès engrangé par Slipknot à une époque où le Metal se mordait la queue était assez prévisible. Le groupe s’inscrivait, avec une bonne dose d’opportunisme, dans la mouvance porteuse de l’époque, mais avait l’avantage de proposer une configuration inédite avec 8 musiciens (dont 3 batteurs) et une accroche visuelle forte. En outre, il laissait planer une relative aura de mystère sur son line-up en numérotant ses musiciens masqués et écrasait la concurrence dans l’œuf en centrant tout sur l’ultra-violence la plus débridée. Il y eut un prix à payer pour ce choix de carrière : leurs masques monstrueux, leur esbroufe scénique et leur sauvagerie forcenée les cataloguèrent rapidement comme un groupe à Kévins. La formation passa les années qui suivirent à démontrer qu’il méritait mieux que ce jugement hâtif, démonstration qui trouva sa conclusion avec Subliminal verses qui, faute de constituer un nouveau départ pour la scène Metal, n’en installait pas moins le groupe dans un confortable statut de valeur sûre conçue pour durer.

Voici venir le quatrième opus, alors que tous les membres du groupe se sont embarqués dans une tonne de projets parallèles. C’est l’heure des interrogations : on tâtonne, on tergiverse, on se demande s’il faut défricher de nouveaux horizons ou se recentrer sur ses fondamentaux, s’il faut satisfaire les fans et la maison de disques ou n’en faire qu’à sa tête, s’il faut rassembler ou diviser. Comme souvent, ce qui sort de telles angoisses métaphysiques tient du mélange de tout cela, tant au niveau de la méthode que du résultat.

Très forte ouverture, pourtant, avec un Gemetria bestial qui démontre que le concept des années qui apportent la sagesse n’est pas une fatalité. Loin d’être représentative du reste, cette chevauchée sauvage à dos de buffle semble presque faire contrepoids au reste de l’album, résolument placé sous le signe de l’éclectisme. Si on tolère sans peine les approches Hardcore (Suffer) et Heavy (Psychosocial, Dead memories), l’affaire se corse un peu plus dès que le groupe se met en tête de fourguer des trucs qui n’explosent pas séance tenante à la gueule. Une mélopée Doom comme Gehenna a le mérite de surprendre mais n’en échoue pas moins à générer une atmosphère convaincante. Et que dire de ces titres qu’il faut bien se résoudre à appeler des Power-ballads, à l’instar de ce Snuff tout droit jailli de la discographie de Nickelback ?

Un tel bilan des compétences n’est pas répréhensible en soi : quel que soit le style approché, Slipknot parvient à se montrer tout aussi convaincant que les concurrents locaux. Après tout, il s‘agit déjà là d’un petit exploit de la part d’une formation dont on se demandait si elle était capable de composer autre chose que du vacarme plus ou moins pertinent. Non, ce qui coince est évident : Slipknot a survécu à la gangrène généralisée qui a frappé le Nu-metal à compter du début des années 2000 parce que, en dépit d’un côté marketé bien assumé, il a soigneusement entretenu une part d’imprévisibilité, un côté brut et irréfléchi et, dans un certaine mesure, une volonté de s’affranchir des règles du système tout en exploitant au maximum ce que ce dernier avait à lui offrir. Indépendamment de la qualité de son contenu, finalement assez correct, All hope is gone adopte un peu le principe inverse. Avec une production clean qui n’arrange rien, pour la première fois de son histoire, Slipknot est lisse et sans anicroches. Prévisible. Rangé des bagnoles, quoi. En brassant aussi large, Slipknot a clairement essayé de plaire à tout le monde. C’est bien là le problème.