
Silver Style, PC (2008)
Peu de Point & click peuvent se targuer de rivaliser avec les classiques indéboulonnables de chez Lucasarts. La majeure partie des séries à succès des années 80 et 90 (King’s Quest, Space Quest, etc…) n’a pas survécu à la désaffection générale qui a frappé le genre à compter du milieu des années 90 et, dans le cas contraire, ne se sont maintenues à flot qu’en sabordant l’esprit même du jeu d’aventure (voir la catastrophe que fut le dernier Leisure Suit Larry). Aujourd’hui que le genre semble doucement revenir en grâce, les rescapés de l’ancien temps sont fort peu nombreux. Contre toute attente, Simon the Sorcerer, série fondée en 1993 par les Anglais d’Adventure Soft, en fait partie. Rien ne prédisposait pourtant cet univers, témoignage d’une époque où l’humour bon enfant était de bon ton dans les jeux vidéo, à perdurer au-delà de ses deux premières aventures. La base scénaristique de Simon the Sorcerer est en effet très simple (mais après tout, n’est-ce pas dans les vieux pots qu’on fabrique les meilleures soupes. Prenez un adolescent standard (donc râleur, mal dégrossi et un brin obsédé par les filles), collez-lui des robes et un chapeau pointu et projetez-le dans un univers de contes de fées à la croisée de Perrault, Grimm, Tolkien et Donjons & Dragons, dont il deviendra le héros bien malgré lui. Le côté ludique de la chose provient du détournement des codes du conte traditionnel, et des multiples anachronismes et réflexions décalées que génère la présence d’un ado nourri à la culture pop dans un monde gentiment médiéval-fantastique. Les nouveaux développeurs, les Allemands de Silver Style, n’ont pas souhaité s’écarter de ces principes fondateurs et c’est une bonne chose : ce quatrième épisode permettra ainsi de côtoyer un petit chaperon rouge qui tient plus de la caillera de banlieue que de la petite victime sacrificielle, sa Grand-mère tout aussi névrosée et autoritaire et le Loup qui, faute de pouvoir tenir tête à ces deux furies et assumer son rôle de Loup, a sombré de l’alcool et la clochardisation.
Ces « trahisons » récurrentes aux contes et les dialogues surréalistes qu’elles entraînent ne sont pas systématiquement hilarants mais la majorité d’entre eux font preuve d’une originalité suffisante pour que arracher l’un ou l’autre sourire au joueur le plus grincheux. Le personnage de Simon est lui-aussi mis à contribution puisque le scénario tourne cette fois autour d’une histoire de clone : de retour dans le Pays magique, Simon découvre que son arrivée suscite l’incompréhension ou la méfiance de la plupart de ses connaissances. Et pour cause : un autre Simon a en effet élu domicile dans les parages et, bien qu’il soit son exacte réplique physique, ce Simon-là est poli, serviable, généreux, romantique… en un mot, ce Simon n’est pas du tout un Simon ! Les apparences seraient-elles trompeuses ? C’est ce qu’il vous faudra découvrir au fil de l’aventure.
Une aventure où les habitués des Point & click prendront assez vite leurs marques puisque la collecte d’objets, leur éventuelle combinaison et leur mode d’utilisation parfois incongru sont tout à fait semblables à ce qu’on connaissait dans les jeux d’aventure d’il y a quinze ans. Le scénario progresse avec régularité, les énigmes et actions à réaliser sont nombreuses et la difficulté est parfaitement équilibrée, à savoir que les énigmes ne sont ni trop plates et évidentes (du genre « utiliser clé sur porte »), ni trop illogiques (du genre « combiner champignon et transistor et utiliser sur dragon » pour… euh… tuer le dragon). Au point de vue du gameplay, le vétéran Simon the Sorcerer tient donc tête sans difficulté aux nouveaux venus comme Runaway ou Jack Keane. Et pourtant, ce quatrième opus souffre d’une sérieuse tare, qui ne parvient pas à lui faire perdre tout intérêt mais handicape terriblement le plaisir qu’il pourrait procurer. Il faut être réaliste sur les mécanismes d’un Point & click : pour persuader le joueur lambda que continuer à se creuser les méninges en vaut la peine, il faut lui proposer des surprises, des rebondissements, de chouettes trucs à voir et à entendre. Et à quoi tiennent tous ces éléments ? Aux graphismes et au son, en majeure partie. Dans le premier cas, il n’y a guère de reproches à adresser à l’équipe de développement. Simon the Sorcerer IV est beau, fin, bourré de détails, et ne souffre que d’un parti-pris « réaliste » un peu incompréhensible. Quitte à jouer la carte de l’humour référentiel et de l’absurde, on aurait préféré quelque chose d’un petit peu plus cartoonesque et caricatural. Les mouvements mécaniques et les expressions figées des personnages sont donc un peu décevants. Et en matière de détails, quelques petites private-jokes ou clins d’œil dans les décors auraient été plus appréciés que le soin obsessionnel apporté à recouvrir les arbres de mousse, à colorer les fleurs de manière différente ou à détourer chaque brique dans un mur. D’un autre côté, quand on se souvient du désastre visuel du jeu précédent, avec ses couleurs infâmes et ses personnages au look de playmobils de contrefaçon, il est difficile de se plaindre du résultat. Non, la véritable faute de goût tient aux dialogues et plus particulièrement au doublage francophone. A croire que la localisation a été effectuée par une présentatrice de chaîne TV locale pour les personnages féminins, et par un élève libre en art dramatique - sans doute le beau-frère de la présentatrice - pour les masculins. Aucune réplique n’échappe à ce ton monocorde, maladroit ou surjoué, au point que toutes les vannes potentielles en tombent complètement à plat. Inutile d’espérer se rattraper sur les sous-titres, ils sont on ne peut plus scolairement traduits, sans la plus petite étincelle de fantaisie à même d’épicer le texte. Un syndrome fréquent durant les premières années du Talkie vidéoludique, mais qu’on ne peut décemment plus tolérer aujourd’hui que la localisation des jeux égale, voire surpasse à l’occasion, celle des films. Si cette faiblesse ne suffit pas à faire de ce quatrième opus un jeu d’aventure désastreux, elle en fait néanmoins un jeu d’aventure fade et insipide. Et, pour un produit dont l’humour se veut le premier argument de vente, ça la fout plutôt mal.
