lundi 4 juin 2012
 

Riverside - Anno Domini High Definition

(2009)

Rapid Eye Movement, le dernier album de Riverside, clôturait une Reality Dream Trilogy qui a rapidement hissé au sommet le combo polonais. Quoique nécessaire et extrêmement bien troussé, ce dernier laissait paraître quelques signes d’essoufflement, et il était clair que Riverside se devait de prendre un nouveau virage pour ne pas tomber dans la redite. Avec son très bon projet Lunatic Soul, le leader Mariusz Duda nous rassurait en ne montrant aucun déclin d’inspiration. Et voici déjà Riverside de retour avec leur quatrième album.

Déjà, soulignons un titre génial. Anno Domini High Definition. Ca claque, ça a de la gueule, de la classe, c’est très évocateur, sujet à digressions progueuses infinies. Il est rare qu’un titre d’album donne la niaque et instaure à ce point un véritable désir de se plonger dans le contenu du disque. Rien que pour ça, bravo.

Sinon, l’album contient en son centre un apogée ultime, peut-être le meilleur morceau de Riverside, tous albums confondus. Egoist Hedonist (encore une fois, le choix des mots est très porteur) est une pure merveille, avec un chant habité, des riffs d’une justesse incroyable, une tension et un crescendo incroyables, et en son sein un passage free-jazz (avec cuivres et tout et tout) tout simplement jouissif !

Et puis c’est tout.

Plus heavy que par le passé, un peu plus de Dream Theater et un peu moins d’Anathema, l’album est loin d’être mauvais, mais il y a quelque chose qui ne passe pas. Les chansons qui ne parviennent pas à trouver la porte de sortie et s’éternisent souvent alors qu’elles ne demanderaient qu’à être un poil rabotées (considération valable même pour Egoist Hedonist qui ne parvient pas à maintenir l’enthousiasme sur ses deux dernières minutes). Les compositions sont fouillées, les musiciens ont encore fait de gros progrès, les thématiques traitent toujours avec bonheur de personnages troubles, mais la sauce ne prend plus de la même manière. Le chant est moins tiré vers ses limites, les ambiances, bien que toujours sombres, ne sont plus plombées et peinent à impliquer l’auditeur comme par le passé. Il y a quelque chose de cassé, quelque chose qui manque. C’est là un pur ressenti car on ne peut décemment soutenir que cet album soit mauvais.

Alors oui, Riverside est parvenu à se dépêtrer de sa trilogie et n’est pas asservi au style qu’il s’est imposé, il y a du renouvellement (qui n’empêche pas de reconnaître immédiatement le groupe), un renouvellement que nous étions les premiers à réclamer mais, sorry d’être d’une mauvaise foi aussi crasse et absolue… ce n’est pas ce type de renouvellement que nous aurions souhaité.