
Palais Omnisports de Paris Bercy, 8 décembre 2009
Rammstein, je les ai découverts à l’époque du premier album Herzeleid. Pour moi, c’était un petit groupe allemand rigolo qui pompait musicalement Die Krupps et Laibach. La pochette les montrait torses nus, et cela suffisait pour qu’on les accuse d’imagerie néo-nazie, alors que moi j’y voyais plutôt une pantalonnade gay. L’album suivant, Sehnsucht, était encore plus plaisant, et la reprise du Stripped de Depeche Mode, illustré par un clip reprenant des images de Leni Riefenstahl, m’amusait d’autant plus. Ensuite, le groupe nous proposa des albums très inventifs, renouvelés, plus personnels, jusqu’au très plat Liebe ist für alle da. Je ne risquais pas de leur en donner de l’amour, suite à cette galette. Mais bon, je n’avais jamais pris la peine de les voir en concert après tant d’années, les DVD me suffisant amplement, alors quand vint l’occasion de les voir à Bercy, je me dis pourquoi pas. Idée du paradoxe : le groupe se défendra-t-il mieux avec des chansons sans âme ?
Arrivant avant 19h, nous voilà au pied des marches de Bercy, couvertes de monde. Il pleut un peu, il ne fait pas chaud, les gens discutent en attendant que les portes soient ouvertes. Certains se plaignent - bof, le Parisien moyen a l’habitude de faire avec. Certains discutent de ce qui sera joué. D’autres s’étonnent des tranches d’âges présentes - oui, bon, ça va de 15 à 40 ans, ce n’est pas énorme non plus. Le groupe rassemble juste un peu plus de curieux que pour d’autres groupes, du fait du jeu de scène. Un peu avant 20h, les portes s’ouvrent finalement, mais il faudra du temps pour absorber le flot de gens, du fait que les billets sont désormais scannés et pas juste déchirés. Tout fout l’camp, ma bonne dame.
Pas bêtes, on avait prévu de filer en gradins. Déjà, je n’ai pas la taille pour aller en fosse, et en plus, ça ne sert à rien si on a une bonne place assise, même en sachant que tous les moutons de Bercy vont se lever après cinq minutes de musique, tellement ils auront l’impression de voir le concert de leur vie. En première partie, Combichrist. Je les aime bien au second degré. L’aspect aggro-électro, en live, c’est assez rare en France, et c’était donc pour moi une des raisons de me déplacer. Andy LaPleguea arrive donc avec un claviériste, un batteur et un percussionniste. Et Andy a beau arpenter la scène de gauche à droite en vitupérant, très en forme, c’est son batteur que l’on remarque. Celui-ci passe en effet son temps à jeter ses baguettes en l’air, et fait régulièrement tomber sa caisse claire, au point que ça en perturbe le show. Les titres sont basiques, dansants mais minimalistes, et le public français n’en a pas l’habitude. Faut dire qu’ici, on ne danse qu’en boîte, donc forcément... Après une demi-heure de show, ayant à peine réussi à échauffer les premiers rangs, le groupe se retire, ayant quand même réussi à proposer deux de ses tubes, Electrohead et Fuck that shit. On a envie de dire à Andy "à bientôt", mais vu que la Loco a fermé, on n’est même pas sûr que ce soit possible à Paris...
Après une courte remise en place par les roadies, on sent que Rammstein va débarquer très vite. L’avant-plan de la scène est recouverte d’un rideau noir qui semble métallique. Le dit rideau est soudainement déchiré à coup de guitares par Richard Kruspe et Paul Landers, ce qui provoque de grandes étincelles. Le public, évidemment, hurle. Une fois le rideau déchiré, arrivent Riedel, Schneider, Flake puis finalement Till. Celui-ci porte un magnifique tablier de boucher, et comme on pouvait le deviner dès la première écoute de l’album, le concert s’ouvre sur Rammlied. Une bête chanson écrite pour le live, et évidemment, le public suit, car il ne demande que ça. Pourtant, il y a bien d’autres choses à voir que les musiciens. La scène, particulièrement haute, est en effet équipée de plusieurs types d’éclairages qui montent et descendent à volonté, tout en étant orientés en angle. Les tonalités de couleurs, mais aussi d’ambiances, changent ainsi à chaque chanson, mettant en avant les musiciens, ou les parties métalliques de la scène. Je finis par y porter plus d’attention, car il faut bien dire que la setlist, peu aidée par un son très Bercy-esque (bourrin et gras, avec des fluctuations sur la voix sur les cinq premiers titres), est peu plaisante : après Rammlied, encore 2 titres du nouvel album (B******** et Waidmanns Heil), puis trois classiques expédiés comme s’ils étaient obligatoires : Keine Lust, Weisses Fleisch et Feuer Frei. Ce dernier titre en particulier est gâché par les effets pyrotechniques : OK, les masques lance-flammes, ça fait de l’effet, mais si Till n’arrive pas à chanter avec, à quoi cela sert-il ?

Dès le début du concert, on sent qu’on ne pourra pas compter sur Till pour mettre l’ambiance, de toute façon. Il communique peu avec le public, et son jeu de scène n’a pas changé depuis des années, continuant à marteler ses genoux du poing quand il ne chante pas. Notre seul recours : Flake. Eh oui, l’indescriptible claviériste est le roi du show : il descend faire une petite danse, il fait la gigue devant son clavier, et quand il vient narguer Till, ce dernier le prend sur son épaule, et le balance dans une sorte de baignoire, sur laquelle il verse des étincelles, juché sur une colonne qui le hisse en hauteur. Une fois Till redescendu, Flake sort de la baignoire, portant cette fois un costume à paillettes, et une fois revenu devant son clavier, le sol sous lui se met à défiler. Il s’agit en effet d’un tapis roulant, sur lequel Flake marchera, tout en jouant, pendant tout le reste du concert.

Le contraste entre l’aspect vingtième degré de Flake et le sérieux à toute épreuve des autres est malheureusement trop sensible. Et ce ne sont pas les classiques Links 2-3-4 ou Du hast, où la voix de Till est parfois puissante, parfois éteinte, qui vont compenser les titres récents, dont le démago Frühling in Paris. De plus, tous les effets vus sur les tournées précédentes sont ici recopiés. Une des rares innovations : un phallique canon à mousse / confettis utilisé sur le single Pussy ; les premiers rangs semblent adorer. Le titre clôt le set, avant un premier rappel.

C’est sur Sonne que s’ouvre le rappel : décidément, les titres de Mutter obtiennent un franc succès auprès du public. Celui-ci attendra malheureusement en vain des Mein Herz brennt ou des Zwitter qui auraient réellement mis le feu, si j’ose dire. Heureusement, lors du titre qui suit, Haifisch, Flake monte sur un zodiac noir, le classique bateau gonflable qui, porté par les fans, le mènera presque jusqu’au centre de la fosse, où il sortira, façon torero, un drapeau français. Encore une fois, il s’agit d’un effet prévu, mais avec Flake, on éclate de rire, tellement le personnage est décalé. Sur Ich will, Till reprend du poil de la bête, et fournit une performance vocale très solide. Malheureusement, cela ne durera pas, puisque le groupe ne reviendra ensuite que pour un seul titre, Engel. Cette ballade assez triste est illustrée par le port de deux ailes métalliques par Till, ailes qui sont supposées s’enflammer. Malheureusement, l’une d’elles ne fonctionne pas, et c’est un roadie qui doit finalement venir l’allumer, alors que Till tente de faire bonne figure en continuant à chanter comme si de rien n’était. Un bel effet pétard mouillé, bien qu’ensuite, les ailes projettent du feu à une belle distance. Une fois la chanson terminée, Till replie ses ailes, et descend tant bien que mal, tel un oiseau blessé claudiquant, l’escalier qui l’emmène sous la scène. Le groupe reviendra ensuite saluer le public, et le complimenter chaudement, Paris est magnifique, tout ça...

Alors oui, on en prend plein la gueule, mais ça marche surtout si on n’a jamais vu d’images d’eux en live. Oui, le groupe déroule tout de façon très pro, mais on se demande ce que ça serait s’il se lâchait vraiment. Oui, la scène est un décor parfait pour une telle musique, mais le groupe interagit peu avec elle. Par ailleurs, la setlist provoque une véritable frustration, et le son n’est pas à la hauteur pour un groupe ayant tellement travaillé sur le sujet. En effet, pour une place à 60 euros, on a le droit de se poser des questions, surtout lorsqu’on ressort en se disant qu’on a vu des groupes bien plus puissants avec pourtant bien moins d’effets.
