
(2008)
Dark-Ambient, World-Music, Heavenly, ... Il n’est pas évident de catégoriser la horde de formations plus ou moins convaincantes qui évoluent dans le sillage du légendaire Dead Can Dance. Parmi ces dernières, le cas Rajna est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord parce que le duo, composé de Jeanne et Fabrice Lefebvre, est parvenu à assurer la pérennité de son parcours (11 années d’existence et 8 albums, c’est largement suffisant pour acquérir un statut de référence dans ce milieu très volatile). Ensuite, parce que le parcours de Rajna est une lente histoire d’enrichissement musical et culturel, d’instruments exotiques dénichés dans un bazar de Samarkand, d’humeurs musicales dont on s’imprègne au détour d’une ruelle de Mombassa et de sonorités méconnues qui, sans heurts ni fracas, se sont agglomérées au fil du temps à l’architecture de départ du groupe. Voici 10 ans, Rajna tenait du Conte des Mille et Une Nuits mis en musique : complaintes mystiques ouvertement orientales, effluves d’épices et d’encens, cités légendaires et minarets enfouis sous les sables du Rub al-Khali, spiritualité et partage... tout cela au rythme d’instruments arabes, turcs, iraniens ou indiens agrémentés de l’inévitable petite touche Dark pour manifester une plus grande connivence d’esprit avec Abdul Al-Azrhed qu’avec Shéherazade.
Au fil du temps et des voyages, Rajna adopta une approche plus syncrétique, moins clairement ciblée géographiquement. L’inclusion d’éléments originaires d’Asie centrale, d’Afrique ou du plateau tibétain se fit en douceur. L’ajout de discrètes touches électroniques et Trip-hop, quoique moins évident à faire passer, ne suscita guère plus de protestations. Amorce d’une troisième métamorphose, Duality, comme son nom l’indique, joue sur deux tableaux. D’une part, il affine et perfectionne l’approche musicale multiculturelle du groupe (Kaitena est, à cet égard, une belle réussite). D’autre part - et cela concerne malheureusement la majeure partie de l’album - le groupe semble privilégier un nouveau processus créatif : des accords lancinants répétés ad libidem tout au long du morceau, qui servent exclusivement de structure de soutien aux vocalises de Jeanne Lefebvre. Sans remettre en cause l’agréable tessiture aérienne de cette dernière, force est de reconnaître que le principe même d’un telle vision artistique ne peut se satisfaire d’une chanteuse atteignant simplement une honorable moyenne, sous peine d’être rapidement suspecté de panne d’imagination. Il faut du génie, de la divinité même, pour sublimer la lassitude générée par une rythmique volontairement répétitive. Et cette divinité, il est évident, aujourd’hui plus que jamais, que seule Lisa Gerrard la possédait.
