
Nous avons été interpellés par une réaction du groupe Kilo suite à notre article consacré à leur premier album Lock the dogs out, dans laquelle nous nous étonnions de la discordance entre le genre annoncé (post-hardcore) et le résultat final (sans « post »). Visiblement ému par cette remarque, Kilo publie sur sa page facebook, et c’est de bonne guerre, un message selon lequel « Faudrait se souvenir que le post hardcore, c’est Fugazi, Quicksand voire Sleepers avant d’être Isis ou Cult of Luna, héhé ! ».
Nous n’allons pas à nouveau disserter sur ce que nous pensons des étiquettes : ça nous emmerde et nous sommes tout autant sûrs que Kilo n’a pas envie de finir catalogué ad vitam.
Par contre, cet amusant petit épisode nous donne furieusement envie de disserter en roue libre sur l’absurdité intrinsèque du terme « post » en matière de musique, qu’il s’agisse de post-core, post-hardcore ou post-rock. Absurdité en plus de mocheté (que ceux qui trouvent que « post-rock », ça sonne bien lèvent le doigt). Mais reprenons les choses au début.
En musique, tout est histoire de mouvement. Au rock’n’roll succéda le rock, plus tranchant, amputé de sa seconde moitié dans une optique de vivacité. Puis le mouvement s’accéléra et se durcit, accouchant du hard-rock. Puis du metal, du heavy-metal, du speed-metal, du black-metal, du death-metal. Subtil changement (à l’image de la musique qu’il définit), le terme hardrock fut remanié en hardcore. Toujours plus vite, toujours plus fort. Et c’est au terme de ce mouvement que survient un changement. Estimant être parvenu au sommet d’une courbe de Gauss sonique, après quarante ans de durcissement de ton et d’accélération, toute une frange de musiciens entamèrent la redescente, tandis que les autres stagnaient (ça fait longtemps qu’on n’a plus vu un groupe aller plus loin que les autres).
Clairement, la divergence de définition du post hardcore de Kilo et la nôtre se trouve là. C’est au sommet de cette courbe de Gauss que tout se définit. Kilo voit le post hardcore comme ce frémissement avant la chute et l’aspiration vers les abysses. De notre côté, le post-rock et le post hardcore sont cette magnifique dégringolade, ce ralentissement sublime, cette contemplation de la propre décadence du rock. Un groupe comme Neurosis n’avait rien de « post » à ces débuts ultra-violents. Ils sont arrivés au sommet de la courbe et correspondent à la définition de Kilo. Alors que de notre côté, Neurosis n’a fait du post-hardcore que dans la dernière partie de sa carrière.
Dernière réflexion : ça ressemble à quoi, du post-rock, une fois que c’est passé de mode ? Et qu’est-ce qui doit succéder au post-rock ? Les deux derniers albums de Mogwai n’ont plus grand-chose à voir avec le post-rock : formats courts, structures simples, chant, etc. Dans ce cas, dans quel genre évolue Mogwai ? Si le post-rock est mort, que font les groupes passéistes qui le pratiquent toujours ? Autant de questions que nous souhaiterions soumettre à Doc Brown, parce que de notre côté, les seuls mots qui comptent sont ceux que nous mettons sur les émotions que nous procure la musique, pas sur ceux que nous accolons à cette musique pour l’étiqueter et la breveter.
