vendredi 1er juin 2012
 
 
 

Chronique Live
Pigalle

La Cigale, Paris, 14 Avril 2010

Il m’aura fallu du temps pour parachever ces quelques lignes au sujet du concert de Pigalle à La Cigale auquel j’ai assisté ce printemps, tant cette soirée m’a laissé un goût d’inachevé. Premier écueil : alors que je devais partager ce concert tant attendu (vous avez lu la chronique de l’album Des espoirs ?) avec notre rédac’ chef préféré, celui-ci a dû déclarer forfait au tout dernier moment pour des ennuis de santé heureusement résolus depuis. De quoi sérieusement plomber mon enthousiasme et me rendre d’autant plus exigent face à la prestation de groupe de François Hadji-Lazaro, dont j’attendais vraiment qu’il m’emporte loin de mes tracas du moment. Et c’est là que survient le deuxième écueil : Pigalle en live ne m’a pas autant inspiré ou passionné que sur platine.

Concernant la setlist, rien à dire : le dosage entre les titres du dernier album (joué entièrement) et les "classiques" est optimal. Comme à l’accoutumée, la première partie du set est plutôt composée des nouveaux morceaux, qui semblent étonnamment peu connus au vu de la quasi-non réaction d’une partie du public aux intros du bon vieux François sur ces titres. La seconde partie du set voit la foule reprendre les paroles des titres comme un seul homme et échanger tout en énergie avec le groupe. Pour le coup, être au milieu d’une fosse de trentenaires (et plus) qui bamboulent, ça ne change finalement pas beaucoup d’une fosse de petits trublions, avec une ambiance toutefois plus "gentleman" très appréciable. Ainsi, les titres qui ont le plus fait monter la température ont été, sans surprise, L’éboueur, Les lettres de l’autoroute, La patate, ou encore Il boit du café ou bien sûr Pigalle. Pour ma part, j’ai été davantage ému par des morceaux comme Le chaland ou Vendredi 13.

Côté présence du groupe, là encore, difficile de faire la fine bouche : les musiciens accompagnant François Hadji-Lazaro font bien plus que de la figuration. Leur jeu est juste, les chansons délivrées avec précision, mais assez de ré-interprétation pour ne pas simplement se dire que l’on écoute le cd en live. Le guitariste notamment, affublé d’un bérêt à la Gavroche, vrai titi parisien, retravaille les rythmiques punk en les rendant plus ska, plus légères, et assure également les parties plus en émotion et touché. Le bassiste et le batteur, aux profils de vieux briscards, qui avaient déjà croisé la route de FHL, ne sont pas en reste et se prennent au jeu d’aller chercher les autres membres du groupe et le public. De réels atouts pour le taulier, qui m’est d’ailleurs apparu presque en dedans lors de ce live. Si le groupe est bon, la prestation individuelle du père François m’a plus déçu, pour des détails certes, mais qui m’ont un peu "sorti" de l’univers si envoûtant du groupe, duquel je me délecte habituellement.

Assez tôt dans le set, l’homme m’a paru emprunté, comme pas à l’aise avec quelque chose. Le manque de verve du conteur pour introduire les morceaux, les hésitations sur les paroles de certaines chansons (notamment celles du dernier album) et la tentative d’auto-promo un peu maladroite en sont les symptômes visibles. Tout cela m’a perturbé également, notamment sur les titres Il te tape et Si on m’avait dit, que j’attendais tout particulièrement. A cela, il faut rajouter une énorme frustration au niveau du mixage de certains des instruments du maestro, qui auraient mérité d’être plus mis en valeur : le violon, l’accordéon et, dans une moindre mesure, la vielle à roue et le banjo sont par moments presque inaudibles. Quel dommage que la qualité de production du dernier album n’ait pas pu être transposée en live, car Pigalle sans cette palette de sonorités et sans la gouaille de son leader, ce n’est plus vraiment Pigalle.

Le set et les 2 rappels passent vite (le show dure 1h30 environ), mais sans sentiment de frustration ou de manque. A l’heure du bilan, objectivement, le concert était loin d’être malhonnête ou léger (au sens où l’artiste ne s’est pas foulé) : les titres réellement réussis et la prestation scénique joviale des musiciens parviennent à gommer en partie les imperfections citées plus haut. Néanmoins, le concert est un ton en dessous de celui auquel j’avais pu participer en Mai 2008 au Bataclan.

Photos © Julien Hoellinger - 2010. Droits réservés.