vendredi 1er juin 2012
 
 
 

Chronique live
Paris Extreme Fest - Metal stage

Elysée Montmartre, Paris, 28 Mars 2010

Paris avait sa Tour Eiffel, son romantisme et ses moto-crottes, mais pas son festival dédié aux musiques extrêmes. Depuis le week-end du 26-27-28 mars, ce vide est comblé, grâce au bien nommé Paris Extreme Fest. Le projet, ambitieux, qui avait été annoncé des mois auparavant, et avait fait naître moult interrogations et commentaires (notamment sur son mélange des couleurs et son organisation), a pu finalement se concrétiser : réunir, sur trois jours, des pointures de la classe de la capitale, dans trois styles bien marqués, à savoir le punk, le hardcore et le métal, avec, pour ne vous citer que quelques noms : Tagada Jones, Discharge, The Exploited, Knuckledust, Strife, Agnostic Front, Entombed, Dark Funeral, Arch Enemy... De quoi satisfaire tous les goûts et tenter de raviver l’union sacrée entre des styles finalement assez parents, mais qui se comportent plutôt entre eux comme des bons gros ados en crise acnéique, en se crachant volontiers à la gueule... Toutefois, la liberté d’aller goûter aux fruits défendus de chaque paroisse avait été laissée à la discrétion des festivaliers, puisque qu’une journée était dédiée à chaque style, avec le métal en bouquet final. Comme vous pouvez vous en douter si vous avez déjà eu la curiosité de me lire, je me suis positionné sur le segment métal, plus particulièrement sur la niche suédoise : en effet, trois des 5 groupes de tête d’affiche de la journée métal représentaient le pays d’Ikea, d’ABBA et d’Ingmar Bergman.

Les notes des derniers morceaux du set des frenchies de Treponem Pal accompagnèrent mon arrivée à L’Elysée Montmartre, ainsi que mon savant placement en salle. Sur les quelques minutes de set que j’ai pu écouter avec attention, les revenants du métal indus français m’ont semblé assurer un set carré, mais la froideur de l’exécution des titres relayait un peu au second plan le groove qu’essayait d’insuffler Marco au chant. N’ayant pas réellement eu le temps de m’immerger dans l’ambiance, je n’ai pas su identifier si l’apparente apathie du public était due à une transe kharmique ou un léger ennui. En tout cas, le groupe quitte la scène sur des applaudissements nourris, quoique qu’un peu timorés : la salle est loin, très loin d’être comble. Les marathoniens des décibels de la journée n’étaient visiblement pas tous rentrés de la pause de 2 heures (17h-19h) qui leur avait été accordée par l’organisation pour le repos des guerriers et le ravitaillement des estomacs.

Entombed

Ce fut ensuite aux autres vétérans d’Entombed de venir partager avec nous leur death’n’roll bon enfant. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de les voir en live. Une chose est sûre, j’ai très envie de les revoir : le groupe, de par la bonhomie de ses membres et les pitreries de son chanteur, s’attire un coefficient sympathie inversement proportionnel à celui de Kim Jong-Il et l’énergie déployée fait réellement penser au public qu’il assiste en fait à un boeuf entre potes. Nous voilà donc tous transportés au pays du headbang heureux et du mosh gentil, oui, c’est un paradis. Côté son, on peut seulement déplorer un réglage de basse qui me semble loin d’être optimal, rendant l’ensemble assez vrombissant. Néanmoins, l’ensemble reste audible et, surtout, l’essentiel n’est pas là : le groupe fait le show, le sourire aux lèvres. Le chanteur, impeccable dans ses growls, amuse clairement la galerie : il sollicite un roadie pour un ravitaillement houblonné et se jette dans les bras de son livreur en plein morceau (pour finalement offrir les canettes aux potos de la fosse), prend des photos de la foule, expulse avec vigueur le contenu de ses fosses nasales et ajoute, devant les cris de dégoût de la foule : « Eh, we’re doing f*cking death metal, we don’t give a shit... ». Bref, un brave homme, parfaite figure de proue de ce combo qui n’a plus à faire ses preuves, mais qui est loin de se la raconter, pas comme d’autres...

Ce fut ensuite à Samael, groupe helvète de métal extrême difficilement cataloguable (black-indus-dark), que revenait la lourde tâche de contrer la déferlante de l’armada suédoise. Autant tout de suite briser la neutralité suisse, je ne suis pas du tout rentré dans la prestation du quatuor, et ce pour de multiples raisons. La première a été certainement l’interminable balance du kit de percussions et des multiples claviers & samples, qui a fait prendre au running order un retard fou. Car oui, Samael a la particularité d’être un groupe sans batteur, avec une ambiance assurée par des nappes de samples assez présents. La seconde raison est la présence scénique du groupe, qui, personnellement, me perturbe : si le leader est très classe et sa gestuelle martiale mais très personnalisée, les autres musiciens m’irritent au plus haut point. Le bassiste et guitariste cultivent une beaugosse-itude, se tortillent comme des zicos d’emo post-hardcore pré-pubères et jouent cheveux au vent (grâce aux ventilateurs savamment disposés au sol...). Je vous passe le percussionniste qui fait des sauts de 4m pour ponctuer les morceaux de deux pauvres coups de toms... C’en est trop pour mon seuil de tolérance, je me suis concentré exclusivement sur le chanteur sur quasiment tout le set. Ce second point, j’en conviens, n’est pas réellement objectif, mais, à ce que je sache, c’est encore ma chronique, non ? Dernier grief, et non des moindres, la setlist m’a semblé ce soir nettement moins inspirée que lors des deux dernières fois où j’avais pu les voir : les morceaux m’ont paru assez ampoulés, peut-être trop denses et complexes pour passer directement après Entombed. Quoi qu’il en soit, et malgré encore un réglage de basse approximatif (qui a excédé visiblement le bassiste, qui, au bout des 3 premières secondes du set, a « posé » énergiquement sa basse au sol pour aller « passer des consignes » plus que discrètes à l’ingé son en bordure de scène...), le set est passé rapidement et a résolument été la prestation la plus métal de celles que j’ai déjà pu voir du groupe.

Dark Funeral

Le set de Dark Funeral marque l’entrée du festival dans sa dernière ligne droite : l’imposant kit de batterie servant aux deux derniers groupes est révélé, les décorations de scène aux couleurs du dernier album Angelus Exuro pro Eternus sont installées devant la fosse, qui s’est clairement densifiée. L’attente du public est assez palpable, avec toujours cet once de crainte quant au son qui va être délivré, surtout que le groupe est réputé pour la production claire et très précise de son black métal. Aux premières notes, le public a vite compris que l’Elysée ne réussit pas vraiment au black métal : même en triturant mes boules Quiès à la recherche du réglage optimal, ça reste digne d’un gloubiboulga sonore qui gâche réellement la virtuosité supposée des musiciens, qui martèlent et enchaînent des riffs que seuls les souvenirs des morceaux nous permettent pleinement d’apprécier. C’est vraiment un crève-cœur que de voir l’histoire se répéter et de voir des sets attendus frôler le flop de la sorte. Ce qu’on ne pourra pas retirer au groupe, c’est la pertinence des choix de morceaux, qui varient les tempos, les époques, et satisfont aussi bien les fans venus écouter les tubes du groupe comme The Arrival of Satan’s Empire ou An apprentice of Satan, ou ceux venus plus pour le dernier album. Autre point positif, le groupe en impose, d’une part grâce à la carrure de ses beaux bébés, grâce à leurs parures de cuir, de clous et de pics et d’autre part par les corpse paint assez convaincants. Le set passe finalement assez vite, la foule rendant avec fougue la violence délivrée sur scène à grands coups de headbangs, presque de quoi installer une éolienne en fond de scène.

Arch Enemy

En l’attente du feu d’artifice final, j’en ai profité pour faire un tour au stand de merch’ et au bar, pour finalement remarquer que l’Elysée semblait s’être déjà un peu vidée. Pourtant, la satisfaction du public est perceptible, et on sent bien que personne ne veut partir... Il est pourtant près de 23h30 en ce dimanche printanier, et les roadies semblent ne plus essayer de rattraper le retard pris sur les balances de Samael : le set d’Arch Enemy se fera attendre jusqu’au bout. Compte tenu de la prestation du groupe, il serait très mal venu de leur en tenir rigueur. La différence de classe avec tous les autres groupes m’a réellement sauté aux yeux : si effectivement Arch Enemy disposait de toutes les attentions au niveau du son, il n’en reste que techniquement, tout est impeccable, avec mention spéciale aux frères Amott, distillant leurs riffs et soli avec une facilité déconcertante, de quoi donner à tous les métalleux présents l’envie de se jeter corps et âme dès le lendemain dans le death metal mélodique. Au niveau de l’énergie, la centrale nucléaire s’appelle bien évidemment Angela Gossow, toujours très guerrière et indomptable. Si j’ai moins été impressionné par la voix de la hurleuse, elle reste très efficace en terme de show, va chercher ses compères, invective la foule... Visuellement, Arch Enemy nous délivre une prestation très pro, avec toujours quelque chose à nous proposer, des musiciens qui tournent bien, qui se mettent en valeur où il faut, quand il le faut, chacun à sa place, au bénéfice du groupe. La setlist reprend nombre des hits du groupe, sans fausse note. Je ne boude pas mon envie d’en énumérer quelques-uns de mes favoris, tels que Ravenous, Taking back my soul, Burning Angel, Dead eyes see no future ou encore Nemesis. Un concert sans répit, une virtuosité qui m’a laissé sur le cul : même si le style des suédois n’est pas celui que j’apprécie le plus, je me suis laissé emporter par l’assurance, la classe et l’énergie du groupe.

Si, au final, je ne peux réellement juger de la réussite globale du festival (n’ayant assisté qu’à son paroxysme métallique), je ne peux que saluer la qualité de la sélection des groupes de la soirée : aucun n’a déçu ou a mécaniquement "fait le boulot". J’espère que ce supplément d’âme s’est également manifesté lors des prestations des autres groupes et fera que l’événement de ce printemps 2010 se perpétue, car Paris le vaut bien.

Photos © Julien Hoellinger - 2010. Droits réservés.