vendredi 1er juin 2012
 

Pigalle - Des espoirs

(2010)

IL FAUT ACHETER CE DISQUE parce que c’est le retour de Pigalle, un groupe de la scène française indépendante & alternative qui ne se fout pas de notre gueule. Pigalle est François Hadji-Lazaro, qu’il n’est plus nécessaire de présenter : musicien multi-instrumentiste (20 instruments), chanteur, acteur auto-didacte. Côté musique, il passe d’abord au révélateur des petites scènes parisiennes (en compagnie de futurs grands noms comme Schultz, Didier et Alain Wampas, Manu Chao, Philippe Almosnino...) avant de fonder ses trois groupes phares, Pigalle (1982), Les Garçons Bouchers (1985) et Los Carayos (1985), groupes signés chez Boucherie Productions, label bien évidemment créé par lui-même. Si le label a depuis mis la clé sous la porte, il a permis à bien des groupes d’exister (la Mano Negra, les Tétines Noires, Paris Combo, Les Elles, Wally, Clarika...). Aujourd’hui, l’album sort chez Saucissong Records (ça ne s’invente pas) et respire toujours autant l’authenticité. Pigalle est un groupe à soutenir car l’héritier d’un savoir-faire d’orfèvre, d’une expérience qui démarra par le plus difficile chemin (le métro). Bref, une leçon de légitimité, d’humilité et de générosité que nous délivre encore une fois François Hadji-Lazaro. Et ça fait du bien, à une époque où n’importe quel Grégoire, adoubé en quelques mois par des pseudos-mélomanes de la toile, remplit deux fois l’Olympia avec un pauvre et unique album et où les papes de la musique mercantile nous assènent des vérités péremptoires du type : « LA musique se fait sur les dance floors » (Will-I-am)...

IL FAUT ACHETER CE DISQUE parce qu’il n’a aucune autre prétention que de celle de vous raconter des histoires, simplement. Et le père Hadji-Lazaro, avec son expérience et sa gouaille, sait y faire. Comme d’habitude, les textes piochent dans les thèmes fétiches de Pigalle : la femme, l’amour, l’amitié, l’alcool, la nostalgie, la cruauté de la vie quotidienne. Rien de nouveau, certes, mais toujours le plaisir d’entendre comment le bonhomme arrive à nous délivrer les textes, chacun avec une émotion différente, tantôt faussement naïve sur Si on m’avait dit ou Je bois ma vie, tantôt mélancolique sur La dernière fois ou Qui voudrait parler d’elle ?, tantôt plus gaillarde sur Chez Mme Eulalie ou Ah, si j’avais su. Si l’album est résolument moins rock que ses prédécesseurs, l’ambiance apaisée et sereine est un délice. Aucun morceau ne laisse indifférent, tous nous renvoient à des réfections sur la rengaine du quotidien, les difficultés des ruptures, l’euphorie de l’amitié, notre penchant vers l’enfance, la volonté de survie... On passe par tous les états, d’une aigre-douce tristesse, à une franche rigolade, du sourire au pincement au coeur. Et ça fait du bien, à une époque où n’importe quel "artiste" qui se met à bêler fait passer un "feeling d’enfer" et où les styles musicaux deviennent tous plus émo les uns que les autres...

IL FAUT ACHETER CE DISQUE parce que la musique est bonne, n’en déplaise à Jean-Jacques. On retrouve là tout le savoir-faire de ce monstre de François Hadji-Lazaro, qui sait à merveille tirer la substantifique moelle de chaque instrument utilisé : chaque ajout est millimétré, et vient ponctuer un temps fort, une montée, ou sublimer une ambiance (vielle à roue pour renforcer un caractère lancinant et monotone, banjo & ukulélé pour ajouter des notes espiègles...). Les différentes couches d’orchestration se superposent de manière très harmonieuse, rien n’est superflu et tout paraît si simple que ça en devient génial. Il est à noter d’ailleurs que le disque fait la part belle aux morceaux acoustiques, aux instruments traditionnels, authentiques : vielle à roue, violon, mandoline, oud, accordéon, banjo, cornemuse... Des instruments et des sonorités qui donnent réellement corps à la musique, vivante. La diversité et la dramaturgie des textes est parfaitement soutenue par la variété des ambiances musicales proposées (ska, un peu bluesy, extraits orientalisants, rock-punk, ballades) et certaines compositions sont de véritables bijoux, notamment Il te tape, titre qui ouvre l’album, époustouflant. Tout cela est rendu possible par une production exceptionnelle : chaque variation, chaque modulation est parfaitement soulignée, les différentes lignes d’instruments sont clairement audibles. L’impact de l’ensemble n’en est que décuplé et vous immerge complètement dans l’univers de Pigalle, complexe, profond. Et ça fait du bien, à une époque où l’on fait passer le moindre assemblage de 3 riffs éxécuté par n’importe quel groupe d’ados pré-pubères pour de la composition...

Pour toutes ces raisons, vous l’avez compris, IL FAUT ACHETER CE DISQUE, qui vous offre une douce parenthèse de musique française, sans artifice, mais livrée avec une sincérité qui force le respect. Bref, tout ce qu’on était en droit d’attendre de Pigalle et de Monsieur François Hadji-Lazaro, qui continue de rouler sa bosse année après année, et que nous pourrons retrouver sur scène prochainement (notamment le 14 avril à La Cigale pour les parisiens, sinon, rendez-vous sur la page MySpace du groupe pour les autres dates : http://www.myspace.com/pigalleofficiel). Ne manquez pas ces rendez-vous de partage toujours intenses. Après ce plébiscite, pourquoi ne pas avoir mis la note maximale me direz-vous, eh bien simplement par appréciation personnelle, notamment au niveau de l’ordre des chansons : mes préférées sont quasiment toutes regroupées en début d’album, ce qui me rend la fin du disque moins enthousiasmante. Mais, j’en conviens, cela relève clairement du pinaillage.