
(2010)
Nos païens préférés sont de retour. Leur actualité a été assez diversifiée, ces derniers temps, entre un live, une compilation augmentée de nouveautés et quelques tours de cuiller dans la popote interne. Aussi sommes-nous ravis d’avoir à glisser dans notre platine une nouvelle galette. Mais avant de ce faire, comme nous l’avions fait en son temps pour l’immortel Alive !, nous prenons tout notre temps pour nous extasier devant le packaging absolument magnifique de ce Wolf Love. Magnifiques photos et illustrations, boîtier luxueux, un DVD de bonus bien rempli, Omnia nous a à nouveau gâtés. D’emblée, on devine que le contenu du disque sera moins conceptuel que son prédécesseur. On s’attarde sur les crédits, et on est ravi d’y découvrir la présence de quelques personnalités comme Kristoffer Gildenlöwe (le frangin bassiste de Daniel, leader de Pain of Salvation, qui nous a ébahis avec son projet Dial). Mais place à la musique.
Que dire ? Sinon que tout un monde s’écroule.
Mais qu’un autre s’érige en parallèle.
Omnia, c’était la quintessence du pagan folk, des sarabandes sauvages et orgiaques à la gloire du Cornu, une intégrité artistique totale qui les poussait à refuser l’intervention de tout instrument électrique sur leurs disques. C’était un petit groupe de troubadours dissertant sur l’apport de l’art et de la nature dans leurs vies. Omnia représentait plus que tout autre groupe l’évasion. Alors évidemment, tout ceci n’est pas balayé brutalement et définitivement. Les vielles à roue, harpe, guitares acoustiques, bouzoukis et autre didgeridoos se taillent toujours la part du lion pour développer des morceaux furieusement dansants, tous, d’une manière ou d’une autre, érigés à la gloire de la nature. Mais ces acquis du passé serviront de repères pour les uns, de bouées de sauvetage pour les autres. Car cet album ne plaira pas à tous, il n’est pas conçu pour, il est pensé pour bousculer, déranger l’auditeur dans ses habitudes et son conservatisme. Omnia balance un gros majeur dans la tronche de ceux qui attendent que le groupe joue du Omnia ad vitam. Et c’est là tout le talent du groupe, dont on ne rappellera jamais assez la chaleur qui émane de ses membres, ce beau gros majeur nous est balancé le plus affectueusement du monde.
La première surprise survient dès le deuxième titre, après une introduction charmante mais qui ne nous prépare pas du tout à la diversité de la suite. Dance until we die est en effet une chanson de… pagan rap. Cela mériterait d’être investigué, mais ce ne serait pas surprenant qu’il s’agisse là du premier essai de ce type. Steve Sic nous abreuve donc d’un flow bien balancé… sur fond de harpe. Les interventions vocales de Jenny sont bluffantes et oniriques à souhait, et le final instrumental, de facture plus classique, s’intègre à la perfection. C’est énorme, c’est audacieux, inventif, mais c’est surtout génial et plus entraînant que jamais. On se doute que les païens de sang pur vont roter et hurler à la trahison, mais ceux qui auront passé cette étape, s’ils ne sont pas au bout de leurs surprises, ne pourront qu’accorder à ce titre son statut de « déjà culte ». S’ensuivent deux morceaux plus convenus, excellents tous les deux, surtout Jabberwocky, puis déboule un morceau au piano. On se doutait que l’instrument aurait sa place sur ce disque, lui qui était apparu sur la compilation World of Omnia, mais on ne l’attendait pas au-travers… d’une reprise de Leonard Cohen, dont on vous disait récemment à quel point le bonhomme comptait pour nous (ici). La chanson ici réinterprétée est Teachers, tirée de son tout premier disque. La mélodie est envoûtante, et les voix conjuguées de Steve et Jenny atteignent des sommets d’intensité. On en a le souffle encore coupé lorsque déboule la chanson que l’on aimera le moins sur ce disque, Love in the forest. Changement de style encore une fois, puisqu’il s’agit là d’une gentille petite ballade à la guitare. C’est trop pop, bêtement gentillet même si un tantinet grivois. Non, définitivement non, même si thématiquement, c’est du Omnia pur jus, les suivre jusque là demande un effort que, personnellement, je ne peux fournir. On aura encore droit à d’autres morceaux au piano, de l’exercice purement musical (du Bach) à la comptine (Toys in the attic) en passant par la ballade de mouture classique mais très jolie (Wheel of time), mais il faut attendre Taranis Jupiter pour se manger la dernière grosse surprise : de la guitare électrique. Punaise, chez Omnia, ça peut surprendre et choquer au moins autant que lorsque Dylan y est passé… Alors, acte de décès du pagan folk ? Pas le moins du monde, vu le caractère énorme et impressionnant de cette savante courbette devant la toute puissance des éléments.
Au niveau des textes, par contre, le disque est un peu moins abouti que son prédécesseur (où étaient tout de même interprétés des textes de Shakespeare et d’Edgar Allan Poe). Dance until we die, par exemple, vaut davantage pour l’aspect musical que pour son texte (bizarre pour du rap, mais plus rien ne nous étonne avec Omnia), qui nous ramène un peu trop les pieds sur terre. Ce n’est pas une constante sur l’ensemble du disque, mais c’est à relever encore en l’une ou l’autre occasion.
Et puis il y a le DVD, qui contient principalement des extraits de concerts, mais également l’un ou l’autre bonus, tous appréciables. On ne rentrera pas dans les détails, mais si le DVD est davantage un accessoire qu’un complément, il demeure d’excellente qualité et on a juste envie de remercier le groupe pour ce petit cadeau qui fait rudement plaisir.
Il y aurait évidemment d’autres choses à dire de ce disque, d’autres surprises, d’autres moments de grâce pure. On ne sait dire en l’état si ce disque est une petite folie, une parenthèse décalée, ou s’il s’agit de l’amorce d’un changement profond. En fait, peu importe, car dans les deux cas, on continuera de suivre le groupe avec la même passion, car quoiqu’ils fassent, les membres d’Omnia le font avec un amour de la musique et une chaleur qui nous enveloppe et auxquels on ne peut échapper. Ecouter un disque d’Omnia, c’est inviter le groupe chez soi. En soi, presque, serait-on même tentés d’écrire.
