
(2009)
Globalement bien reçu par la presse tant que par le public, le premier album éponyme d’OSI (pour Office of Strategic Influence, le bureau de propagande américaine) s’était tout de même vu régulièrement qualifié d’œuvre froide, impersonnelle et "calculée". Initialement pensé comme un projet solo du guitariste Jim Matheos (Fates Warning) et du batteur Mike Portnoy (Dream Theater), l’étincelle qui a fait véritablement démarrer OSI vers ce qu’il est devenu est l’incorporation de Kevin Moore, ancien claviériste de Dream Theater et meneur de l’intriguant projet Chroma Key. Au départ, Matheos et Portnoy avaient composé un titre instrumental de dix-sept minutes, dans la pure veine heavy-prog, et une fois que Moore fut embarqué dans l’aventure, il n’eut de cesse de déconstruire ce morceau (ironiquement proposé dans sa version originale dans l’édition spéciale 2CD sous le nom The thing that never was) pour fabriquer un album à l’originalité et à l’audace folle, et qui demeure l’un des meilleurs disques de metal-prog du nouveau millénaire.
Le second album n’eut par contre par l’heur de satisfaire l’insatiable appétit de votre serviteur en termes de bidouillage et d’originalité. Pas fondamentalement mauvais, mais bêtement rentre-dedans et immédiat, Free était un poil fainéant, beaucoup moins racé que son prédécesseur. Portnoy, qui n’avait pas raffolé de la collaboration avec Moore, était d’ailleurs passé du statut de membre du groupe à celui de musicien de session.
C’est donc avec un chouia de circonspection que l’on aborde ce troisième disque, Blood. Première chose à bien saisir, concernant ce disque et le groupe, c’est la manière de fonctionner de Matheos et Moore. Ces deux-là sont amis, mais n’ont pas du tout les mêmes goûts musicaux. Plutôt que d’arrondir les angles, ils choisissent la collision frontale de leurs univers respectifs. Collision est toutefois un grand mot en l’espèce, vu qu’en sept ans et trois albums, le groupe n’a jamais joué de concert et Matheos et Moore n’ont même pratiquement jamais joué ensemble dans la même pièce (mis à part l’époque où Moore avait intégré le line-up de Fates Warning). Nous sommes donc à nouveau confrontés à un pur travail de studio. Matheos riffe tranquille dans son studio, envoie ses fichiers à Moore par mail et le laisse s’éclater dessus avec ses séquenceurs, et se charger du chant. A propos du chant, il est fréquemment conspué pour sa monotonie et son côté fadasse. S’il est vrai que cette manie de doubler sa propre voix pour lui donner un effet synthétique accentue l’identité globale de la musique, on ne peut pas dire qu’il en ressorte une expressivité renversante. A la base, Moore avait posé sa voix pour tester les chansons, et comptait céder le micro à divers invités. Mais le groupe ayant trouvé une vraie personnalité via le travail de Moore, et son chant en étant le prolongement, il a été décidé de laisser les choses ainsi, ce que l’on ne peut que plussoyer. Car autant on peut reprocher aux disques d’OSI d’être froids et trop intellectuels, autant ils ne font finalement que ressembler à Kevin Moore, musicien talentueux mais timide, réservé, homme de studio davantage que bête de scène.
Un caractère fort différent de celui de Jim Matheos, avec qui il a pourtant réussi à trouver un terrain d’entente, à l’inverse de Mike Portnoy qui a cette fois-ci décliné l’invitation, et n’hésitant pas à déclarer qu’il n’aime pas la manière de fonctionner de Kevin Moore et qu’il ne prend aucun plaisir à jouer avec OSI (pour le second album, il avait passé trois jours en studio pour enregistrer ses parties, alors que pour le premier, il avait d’abord passé deux semaines enfermés avec Matheos pour composer avant de se faire remettre à sa place). Aux futs, on trouve donc cette fois-ci Gavin Harrisson (Porcupine Tree), invité par Jim Matheos (Kevin Moore, selon ses propres mots, ne s’occupant pas des problèmes de personnel).
Il n’en faut pas long pour comprendre que ce troisième album va littéralement propulser son prédécesseur dans les limbes, et prétendre à une qualité égale au tout premier. Le premier morceau, The escape artist est catchy, dans la veine de Free, Matheos se contentant encore et toujours de riffer sur ses deux dernières cordes, mais en mieux, tout simplement, avec un refrain génial. Confirmation dès le second morceau qui repart dans une veine down-tempo, cruellement absente du second album, l’aspect atmosphérique constituant une part essentielle de ce qui avait fait le charme du groupe. Et tant qu’on y est, on peut saupoudrer de quelques titres parmi les meilleurs jamais écrits par OSI : Radiologue ou We come undone, qui évoque sournoisement la BO de 28 days later composée par John Murphy (et qui rappelle au passage que Moore a également composé pour le cinéma et ne serait pas retors pour remettre le couvert).
Blood s’impose déjà comme le disque de synthèse du groupe, expérimental comme le premier, condensé comme le second. On est amusé de constater que si le premier album paraissait terriblement en avance sur son temps il y a sept ans, celui-ci, bien que sonnant de manière très similaire, semble toujours autant précurseur. La faute, bien sûr, à l’absence radicale de concurrence dans le sous-genre défini par le groupe (on est aussi loin du caractère émo-psycho des Riverside et autres Porcupine Tree que des exercices musculaires de l’auriculaire de Dream Theater). Ici, on officie dans du metal prog avec des chansons de quatre minutes, sans solo. Chose inconcevable pour tout musicien prog bien né…
