vendredi 1er juin 2012
 

Nicolas Buytaers fait son cinéma... mais pas le nôtre

Nicolas Buytaers, c’est le « Monsieur Cinéma » de RTL TVI. Rien que ça, ça fait déjà sourire certains d’un air narquois… Et pour expliquer le comment du pourquoi de cette mesquinerie aux plus Français de nos lecteurs, il suffira de rappeler que RTL TVI est à la Belgique ce que TF1 est à la France : la peste audiovisuelle, qui justifie sa médiocrité sous les termes cache-misère de « familial », « divertissement », ou encore (et celui-là est certainement le pire) « proximité ». Dans la même lignée, est-il encore utile de préciser que RTL TVI ne parle pas de cinéma. Non, ils font de la promo, au-travers de featurettes à ce point affligeantes qu’on en viendrait même à préférer les pubs, desquelles elles sont d’ailleurs si proches (« It was a fabulous experience to collaborate with this wonderful director », « I truly believe that he is one of the best actors of his generation », le tout doublé, évidemment).

Mais la cerise ultime sur ce gâteau de médiocrité crasse à l’attention de la populace que nous sommes, c’est sans aucun doute le sieur Nicolas Buytaers, le chargé de communication des studios détaché auprès de la chaîne privée. Bon, évidemment, même s’il parade à Cannes, a l’opportunité de rencontrer les plus grands du septième art et se balade d’avant-première en avant-première aux frais de la princesse, on est bien conscient qu’il n’est qu’un des cent journalistes qui vont défiler devant les stars pour des interviews de sept minutes montre en main. Dans ces conditions, évidemment, on n’a pas trop l’opportunité de mener une discussion franche et d’aller au fond de son sujet. Mais cela suffit-il à justifier les conneries (oui, un gros mot) qu’il se permet d’enchaîner sans temps mort tout le long de ses reportages ? Quelques exemples ? Bon, imaginez que vous rencontriez Hugh Jackman pour la sortie de Wolverine, quelle est la première question que vous lui poseriez ? Non, n’y réfléchissez même pas : il y a des gens payés pour ça, comme Nicolas Buytaers, par exemple, qui lui demande ce que ça fait d’être un superhéros. Et tant qu’on est dans les confidences, il lui demandera ce que ça lui fait que les lectrices d’un quelconque magazine le trouvent sexy. Sur une liste de cinquante questions, on veut bien, mais quand il s’agit des deux seules questions posées (ou passées à l’antenne, ce qui revient au même)... Bon, passons. Après tout, pourquoi ne pas être léger quand on parle d’un pop-corn movie ? Et tant qu’on est dans les superhéros, est-il besoin de préciser que Christian Bale a eu droit aux mêmes questions au moment de la sortie de Dark Knight ? Et quand Nicolas Buytaers se pique de faire de la critique artistique et de dire ce qu’il pense du film, il nous annonce tout de go que Dark Knight est un film assez sombre. Punt aan de lijn. Et que Pirates des Caraïbes 3 est un film divertissant qui plaira aux fans de Johnny Depp. Et que Miami Vice ne ressemble pas à la série. Dernièrement, pour la sortie du nouvel Harry Potter, épisode qui poursuit sa plongée dans l’obscurité des personnages, Nicolas Buytaers n’a rien trouvé de mieux à demander aux donzelles qui jouent dans le film si les jeunes acteurs embrassaient bien. Hé oui, Nicolas Buytaers, c’est Hugh Grant dans la scène de l’interview de Coup de foudre à Notting Hill, l’humour, la classe et le second degré en moins.

J’ai failli ajouter « un beauf, quoi… » en conclusion de mon paragraphe précédent. Mais on ne va pas aller jusque là. Pourquoi ? Parce que même s’il nous assomme avec ses reportages, on se montre définitivement incapable de dire si Nicolas Buytaers aime un film qu’il présente, ou pas. En fait, on n’est même pas certain qu’il aime le cinéma. Aucune personnalité, aucun point de vue ne se dégage de ses interventions, aucun avis n’émane de ses critiques, aucune passion ni aucune répulsion, rien, du vide, du promotionnel descriptif à l’état pur ! C’est définitivement le plus triste, car nous sommes tous les téléspectateurs consentants d’un programme intermédiaire entre deux pubs (le JT) qui refuse catégoriquement de prendre position et de dire ce qu’il pense. Blasés que nous sommes, nous n’oserions même plus rêver que Nicolas Buytaers nous sorte de but en blanc que Sparatouille c’est de la merde, et que le dernier long des frères Dardenne est une œuvre poignante hors de portée du troufion de base. Ni même qu’il nous dise que Transformers 2, c’est trop la défonce et que The Wrestler est chiant comme la mort. Non, tout ce qu’on oserait se permettre de demander, c’est de l’informatif un poil pertinent (sans être pointu) sur le film, une idée de ce qu’on va trouver dedans et un avis sur qui il pourrait séduire. Pas des vannes à six sous, ni du people, ni même un reportage divertissant ! Le divertissement, souvent, c’est justement le film !