vendredi 1er juin 2012
 

Muse - The Resistance

(2009)

Vie et mort d’une étoile. C’est un peu le parcours musical de Muse, respectable par bien des aspects, dont on parle ici. Muse, ou comment se hisser au sommet du microcosme rock en un tour de main, générer un culte indéracinable chez ses admirateurs et intimer un relatif silence aux critiques, d’habitude si promptes à abattre à vue tout ce qui évoquerait l’héroïsme musical et l’emphase de ces années 80 tant honnies. Absolution, tout pompier que certains l’aient considéré – avec quelque raison il faut l’admettre – était l’aboutissement ultime, la Supernova d’une formation parvenue au pinacle de ses ambitions et de sa vision artistique. Un album éclectique et plutôt amusant plus tard, voici venu le stade de la Naine blanche.

Prudemment, Muse ouvre le bal avec quelques titres plus – Uprising – ou moins – Resistance – énergiques. De quoi justifier les effets d’annonce incessants présentant ce cinquième album comme le plus heavy, ou le plus doux, ou le plus symphonique, ou le plus influencé par les tendances actuelles - le plus tout ce qu’on veut, en somme - de la mince discographie du groupe, tout en demeurant dans un classicisme de bon aloi. Aucune de ces nouvelles compositions n’est véritablement loupée, aucune ne suscite une adhésion pleine et entière non plus. Face à ce qui a toutes les apparences d’un sur-place très professionnellement calibré, on présuppose que le meilleur reste à venir. Tragique naïveté car le meilleur, on vient justement d’y avoir droit, avec ces Mumuses bien convenues mais finalement pas déplaisantes. Le reste part en vrille avec un bel enthousiasme, à commencer par ce United states of Eurasia qui, sous couvert d’une relecture du 1984 d’Orwell, tient surtout de l’ultime coming-out Queen-esque. Pas que ce soit une véritable surprise pour qui que ce soit sur cette planète mais cette fois, Muse quitte la sphère de l’inspiration studieuse pour entrer dans celle de l’appropriation décomplexée de tous les tics du modèle. Les similitudes ont beau être bluffantes de loin en loin, ce serait oublier un peu vite que Queen était avant tout la vision artistique d’un seul homme, qui a su repousser toute vision cartésienne de la pop ou du rock au profit d’un univers d’excès, d’emphase et de paillettes poussé jusqu’à la sublimation et offrir au monde une musique qui ne laissa jamais personne indifférent, qu’elle s’impose comme l’incarnation même du génie ou la marque la plus insigne du mauvais goût. Bien logiquement, Queen est donc mort et enterré avec Mercury et, que l’on parle de résurrection « officielle » avec Paul Rodgers (même si ça fait mal au bide de se dire que la moitié de Queen s’est prêtée à cette épouvantable mascarade) ou « officieuse » avec les précieux entrechats d’un Matt Bellamy, rien de tout cela ne mérite la moindre considération ni approbation tacite.

Quelques morceaux passables et prestement évacués par l’oreille opposée en quelques minutes et voilà que se pointe déjà la seconde pièce de résistance de l’album, la symphonie en trois parties Exogenesis, premiers pas de l’autocrate Bellamy dans le respectable univers de la composition classique. On ne critiquera pas le boulot effectué derrière tout cela - il y en a eu, c’est un fait indiscutable – mais malheureusement, malgré sa richesse, sa complexité, ses variations et ses nuances, Exogenesis ne se hisse jamais au-delà de l’exercice académique de haute volée dépourvu de toute étincelle de passion et de spontanéité. Exogenesis est une pièce froide et morte, dont la réussite reste purement formelle et technique, sans que jamais l’auditeur ne se sente interpellé par les émotions véhiculées durant près de 13 minutes.

Dans l’ensemble pourtant, The Resistance n’est pas fondamentalement un mauvais album, pas suffisamment mauvais en tout cas pour qu’on puisse se dispenser d’y jeter un petit coup d’œil. Mais il s’agit également du témoignage implacable que Muse est parvenu au bout du chemin, a peut-être déjà exprimé tout ce qu’il avait à exprimer, et ne semble pas, pour le moment, véritablement posséder les moyens de ses ambitions futures. On ne peut pas être et avoir été, dirais-je. Sous réserve d’un sursaut inattendu évidemment mais dans le cas contraire… bon vent, Muse, ce sera sans moi pour la suite !