
Pierre Kroll (2009)
Pierre Kroll est un caricaturiste politique belge qui régale chaque jour les lecteurs du quotidien Le Soir, et chaque semaine les lecteurs du magazine Télémoustique et les spectateurs du débat dominical Mise au Point. Les armes du bonhomme qui font qu’il bénéficie d’un large plébiscite et soit régulièrement primé par la profession, et même par les « victimes » de ses traits (Louis Michel achèterait systématiquement les planches originales le mettant en scène). Une impertinence bienvenue qui ne sombre jamais dans le mauvais goût ou la méchanceté gratuite, un trait nerveux transcrivant toute l’acidité du propos, une grande réactivité (ses interventions en direct dans le débat télévisé sont souvent à mourir de rire), et un savant mélange d’humour, de causticité et de gravité.
Pour la quinzième année consécutive, les éditions Luc Pire publient un recueil de l’ensemble des « petits dessins » de l’année écoulée.
Et c’est peu dire que ce bouquin constitue en fait la meilleure des rétrospectives que l’on puisse se procurer. Actualité belge et internationale, événements majeurs, mineurs et divers sont ainsi croqués et triés par thème pour le plus grand bonheur de ceux qui ont envie, voire besoin, de prendre avec le sourire une actualité qui ne se prête pourtant pas facilement à la farce. Au rang de ceux qui en prennent le plus pour leur grade cette année, outre l’ensemble des ténors de la scène politique belge et les élites politico-économique (on n’est jamais loin de la World Company) : Nicolas Sarkozy (dont Pierre Kroll se demande d’ailleurs s’il couche vraiment avec Carla Bruni) qui remplace avantageusement W. au rang des têtes à claques internationales, et le pape.
Le grand talent de Pierre Kroll, et ses meilleurs dessins sont d’ailleurs souvent ceux qui s’inscrivent dans cette perspective, est de réconcilier sur un même dessin deux actualités différentes, voire opposées. Exemple évident : le dessin lauréat du concours Press Cartoon Belgium mettant en parallèle « l’exil » de Maurice Lippens à la côte après l’affaire Fortis avec la cache de Saddam Hussein (dessin ci-dessous).

Réjouissant et salutaire. A la limite de l’intérêt public. A prescrire d’urgence aux caricaturés, en espérant qu’ils se rendent compte que le trait est à peine grossi lorsqu’il s’agit de souligner leur bêtise.
