
Sportpaleis, Anvers, 5 mars 2009
Ce doit être une malédiction, une inscription torve dans le patrimoine génétique de votre serviteur, la faute à pas de chance (bis, ter, et rebelote), toujours est-il qu’il n’y a pas eu moyen d’arriver au Sportpaleis avant que les deux premières parties aient fini leur set. On avait pourtant pensé à tout : les embouteillages sur le ring de Bruxelles, sur le ring d’Anvers, la difficulté à trouver une place pour se garer, le temps de gagner à pied la salle… on avait même prévu un petit moment pour se caler l’estomac avant le début du spectacle (on en sera quitte pour une pizza après le concert qu’on aura réussi à commander dans ce dialecte nordique qu’on n’avait plus employé depuis deux bonnes années). Et pourtant, malgré toutes ces attentions portées au planning, on subit de plein fouet la loi de la vexation universelle, et on arrive juste à temps pour le dernier morceau de Machine Head. Pas grave, se dira-t-on. On prend le temps de débusquer sa place, de zyeuter un peu cette scène centrale qui exploite très bien l’architecture des lieux et de s’amuser de la faune locale. On est finalement pas mal situé, dans les gradins surplombant la fosse et la scène sur lesquelles on bénéficie d’une sacrée vue d’ensemble. La scène rectangulaire étant cernée par les quinze mille spectateurs, on se dit que le groupe va devoir songer à se balader d’un bout à l’autre pour bien faire profiter du spectacle à chacun, ce que la présence de huit micros semble accréditer. La batterie semble également posée sur un plateau tournant. On prend un dernier instant pour admirer les quatre cercueils géants suspendus au-dessus de la scène, et dédiés apparemment aux jeux de lumière, quand les lumières s’éteignent et que retentit l’hymne d’Ennio Morricone.

On l’aurait parié, et on aurait gagné : le groupe ouvre sur That was just your life, premier titre de leur dernier et fantastique disque Death Magnetic. On sera décontenancé par le volume sonore extrêmement faible. Ce n’est pas qu’il faut tendre l’oreille, mais on n’entend quand même pas grand-chose. On suppose qu’il faut remercier le groupe d’avoir progressivement augmenté le volume pour épargner nos chères petites esgourdes ? Peut-être… toujours est-il que le titre semble sacrifié, et l’on profite davantage du jeu de laser proprement ahurissant. Pas un spot n’est braqué sur la scène, on ne voit pas un membre du groupe (tout juste entraperçoit-on les chaussettes blanches remontées jusqu’aux mollets de Trujillo), c’est un pur spectacle son et lumière qui nous est proposé. Le groupe revient à un lightshow plus conventionnel mais toujours aussi efficace dès le deuxième titre, The end of the line. Déjà un deuxième morceau issu du dernier disque, voilà qui démontre toute la confiance que le groupe place en ses nouvelles compositions. Une confiance qui semble justifiée, à en juger par l’enthousiasme du public. Au total, ce ne seront pas moins de six nouveaux morceaux qui seront interprétés tout le long du set. Ceux-ci alternent bien entendu avec les indécrottables classiques que sont One, Nothing else matters ou Enter sandman, mais le public se voit offrir quelques anciens titres plus rares comme l’énorme Leper Messiah ou la splendide reprise de Turn the page. Master of puppets nous est également offert dans sa version intégrale. On notera que le groupe a royalement snobé les albums Load, Reload et St Anger. On ne s’en plaindra pas spécialement, même si on n’aurait pas été du genre à pleurer d’entendre un Outlaw thorn ou un Bleeding me.

Le public répond massivement et énergiquement. Un solide pogo se déroule dans la fosse, et une chevelue quelques rangées devant nous nous fait regretter de ne pas nous être fait greffer une cinquantaine de centimètres de poils gras sur le crâne. A l’inverse, nos voisins immédiats semblent refuser obstinément de manifester le moindre signe d’intérêt à toute chanson sortie postérieurement à … And justice for all.
Fidèle à sa réputation, le groupe se montre chaleureux et généreux avec son public, prenant le temps d’accueillir « dans la famille » les spectateurs dont c’est le premier concert, et remerciant les fidèles pour leur soutien tout au long de ces années. Chaque musicien dispose de son petit morceau de bravoure : des soli et poses de guitar hero de Kirk Hammett en passant par la présence scénique énorme de Trujillo, et bien entendu les shows quasi ininterrompus de Hetfield et Ulrich. Mise en scène ou pas, le groupe semble réellement soudé et heureux d’être là. Les traditionnels effets pyrotechniques font toujours leur effet et le professionnalisme est indéniable dans tous les aspects du concert. On s’étonnera juste des titres choisis pour le rappel : Breadfan et The Prince, deux reprises, finalement assez obscures dans la discographie du groupe et qui ne convaincront que moyennement même les die hard fans. Un p’tit Seek and Destroy final remettra néanmoins les pendules à l’heure.
Qu’en dire au final ? Qu’avec un show rodé, un groupe au top, un album parmi ses meilleurs à défendre, un public ravi et déterminé à le faire savoir, une set-list solide même si peut-être un poil déséquilibrée (peut-être un peu trop de nouveaux titres, amputant inévitablement le concert de quelques classiques), Metallica a prouvé qu’il était plus qu’une valeur sûre du Metal, plus qu’un dinosaure tout juste bon à figurer dans les dictionnaires, plus qu’un vieux combattant se jetant dans son baroud d’honneur : il est toujours la référence populaire du genre qu’il a réussi à sortir de l’ombre.
Set-list :
1. That Was Just Your Life 2. The End Of The Line 3. Leper Messiah 4. Holier Than Thou 5. One 6. Broken, Beat And Scarred 7. Cyanide 8. Sad But True 9. Turn The Page 10. All Nightmare Long 11. The Day That Never Comes 12. Master Of Puppets 13. Fight Fire With Fire 14. Nothing Else Matters 15. Enter Sandman
Rappels : 16. Breadfan 17. The Prince 18. Seek & Destroy
