vendredi 1er juin 2012
 

Mathieu Boogaerts - I love you

(2009)

Ca va bientôt faire quinze ans que j’écoute cet olibrius, le seul et unique chanteur de mon pays que j’aime à écouter. Que voulez-vous, à trente ans passés, il est difficile de supporter ce que la chanson française est devenue, quand on a été élevé avec Gainsbourg et Brel. Mathieu Boogaerts, dès son premier single (Ondulé), en rotation fort régulière à la télé du fait d’un clip très sympathique, très en phase avec la fantaisie du texte, tranchait avec tout ce qui se faisait à l’époque. C’était en 1995. Depuis, la chanson française s’enfonce, et lui continue à voleter au-dessus. Le garçon est sur un nuage, il faut l’avouer. Ce qui se passe autour, y compris le succès de ceux qui l’accompagnaient au départ, tels Mathieu Chédid ou Albin de la Simone, ça ne change rien à son indépendance. Après avoir été largué par son label Island (on a du mal à imaginer le bonheur que cela pouvait être pour lui de signer chez eux, lui le grand fan de reggae, alors les quitter...), son album 2000 sorti en 2002 contenait un nombre de perles absolument impressionnant. L’obsession de Mathieu, c’est les chansons catchy. Il faut que certains mots soient mémorisables immédiatement, il faut que la rythmique porte le verbe, et ce quelle que soit l’absurdité du texte, joyeux ou mélancolique. Et soudain, en 2005, pan, Michel. Un album très différent : finis les arrangements ludiques, l’épure débarque. Mathieu joue de tous les instruments, guitare acoustique en tête. Les repères sont différents. Le disque semble presque "plombé" par une ambiance brumeuse, résultant sans doute en partie de l’écriture solitaire, relatée dans un DVD accompagnant l’album. Pourtant pas un disque uniquement triste. Seulement voilà, la tristesse qui s’en dégageait, elle était foutrement belle.

Trois ans après, son nouvel album est annoncé, enregistré à Bruxelles. I love you. Sur la pochette, il est à la batterie. Oui, on sait qu’il en joue, comme d’à peu près tout. Sur les photos promo, il est torse nu, il s’amuse. Et je dois bien avouer qu’il m’a fallu quinze jours pour oser le mettre sur la platine, ce disque. Et un an pour en parler. Parce qu’il m’a eu, le Mathieu. C’est comme s’il s’était moqué de mes appréhensions. Il ose tout, rien ne semble lui faire peur. Et cet album, il m’a presque fait peur, à moi, à la première écoute. C’est quoi ce truc ? On dirait Tati qui joue de la caisse claire. Et puis voilà, on l’écoute une seconde fois, puis une troisième, et en fait c’est comme les précédents. Sauf que là ce ne sont pas des mots que l’on retient, c’est le truc entier. Les chansons de ce disque, elles rentrent d’abord par les pieds. Parce que tout ce qu’on a envie de faire, c’est de taper la rythmique, d’abord, puis de se lever, ensuite, puis de danser comme un con. Parce que l’album entier est structuré sur la batterie. Ah, faut aimer ça, ça oui, je ne vais pas vous mentir. Seulement rassurez-vous, l’album fait à peine plus d’une demi-heure. Oui, d’ordinaire je peste contre ça, mais là, vu comment ça passe dans mes esgourdes, j’aurais du mal à supporter plus. J’aime pas bouger, moi.

Les textes mélangent anglais et français - toujours pour chercher le meilleur gimmick. Dans le genre, le titre qui ouvre, Come to me donne bien le ton : batterie et trompette soutiennent le texte. "Yes it’s time to ring the bell, j’aimerais bien que tu te rappelles". Ben tiens. All I wanna do, c’est le single. Les paroles semblent idiotes, faciles, et c’est ça le talent de Mathieu, c’est insidieux. Chappe de béton, c’est encore pire : des vers de six pieds, pas plus, des choeurs derrière, avec juste la basse et la batterie, on se fait avoir. "Et le bruit, et le cri, et le son, attention le son, strie, tronc, explosion, attention", et hop un crescendo qui amène au refrain, qui se dégonfle aussitôt. Je veux bien de ce qu’il fume, moi. La voix, souvent sussurée, sait se faire hurlante quand il le faut. Alors oui, il y a toujours des choses de l’univers référence de Mathieu, comme Jambe rythmé par le synthé, ou Fais gaffe, avec ses samples vocaux à deux francs. Ca permet de se reposer, parce qu’il y a des choses qui remettent sur les rails de l’inventivité. Au milieu de l’album, Do you feel OK fait encore croire que Mathieu c’est le roi du minimalisme do it yourself, alors qu’en fait ça mélange rock et funk comme si de rien n’était. C’est animal, c’est physique, l’artiste est clairement plus en phase avec son corps. Même les titres aux tonalités un peu plus graves (Chaque fois, Game over) s’en sortent par des refrains qui rebondissent parfaitement. Qui sautillent. Et quand l’album s’achève, on se répète "Je ne m’attendais pas à ça". Même après cinquante écoutes. Des sensations comme ça, je ne connaissais pas. Et mes pieds bougent encore. Salaud, tu m’as eu.

Mathieu Boogaerts sera en concert :

- le 6 novembre à Pordic (22)
- le 7 novembre à Houilles (78)
- le 10 novembre à Nanterre (92)
- le 11 novembre à Paris - La Java
- le 13 novembre à Cavaillon (84)
- le 14 novembre à Roche-la-Molière (42)
- le 18 novembre à Paris - La Java
- le 21 novembre à La Chaux-de-Fonds (Suisse)
- le 25 novembre à Paris - Bataclan
- le 26 novembre à Cormeilles (95)
- le 2 décembre à Paris - La Java