
(2009)
Je n’ai guère l’habitude de chroniquer des démos ou des albums de groupes naissants. Et pourtant, j’en connais quelques-uns qui valent la peine. Mais voilà, il se trouve que parfois, des artistes qu’on rencontre pour un but promotionnel deviennent des gens avec qui on a plaisir à partager une bière dès qu’on se croise, voire à refaire le monde jusque tard dans la nuit. Et c’est ainsi qu’en interviewant Modern Cubism, groupe unique de poésie chantée sur de l’électro, je fis la rencontre de Jean-Marc Mélot, affable claviériste, compositeur et producteur du groupe. Une personnalité telle que Jean-Luc De Meyer (Front 242), chanteur du groupe, pouvait paraître effacé. Il en va de même pour Bernard Feron, photographe à ses heures (plutôt doué d’ailleurs), ami de Jean-Marc depuis longtemps. Une chose les réunit : l’amour de la musique, tout autant que sa pratique. Les deux ont en effet commencé à jouer du synthé dès leur adolescence, sans s’arrêter là. A près de 40 ans tous les deux, il était temps qu’ils se lancent dans une nouvelle aventure, ensemble cette fois. C’est ainsi qu’est né Mono Electronic Density, dit M∃D, groupe basé au départ sur les expérimentations "vintage" de Jean-Marc avec ses vieux instruments - bien loin donc des sons pointus qu’il développait jusqu’ici pour Modern Cubism (et encore plus loin des groupes de rock qu’il investissait jusque là, Csygnus et A Final Sound, mais c’est une autre histoire). Dès les premières semaines, de nouveaux titres prenaient forme, et des paroles étaient posées dessus. L’alchimie fonctionnait, et le public naissant ne s’y trompait pas.
Hors donc, désormais, de toute considération personnelle, je mets le CD démo dans la platine, et je reste scotché. Comment dire ? Cela reprend toutes les atmosphères électro et cold-wave auxquelles je suis attaché depuis plus de vingt ans. Impossible de citer tout ce qui vient en tête dès l’écoute des premiers titres - ce disque en contient sept, mais ils contiennent tous des développements intéressants... Chacun y entendra ce qu’il veut reconnaître comme influences. Front 242, évidemment, est là dans le phrasé de The World is down - époque Geography, mais aussi dans Untold World, qui ajoute des éléments propres au Front plus moderne. On obtient ainsi autant d’ambiances glacées que martelées, mais ça ne se limite pas à cela. Car Bernard Feron est loin de chanter comme une merde. Vraiment loin. Difficile d’y croire tant on rencontre de médiocrités vocales dans ce genre musical habituellement. Il faut dire que ce n’est pas sa première expérience. Sa voix a parfaitement sa place ici, tant et si bien qu’en fermant les yeux en écoutant Come into my place, il vous sera difficile de ne pas penser à Ian Curtis. Une forme de détachement et de mélancolie qui vous saisissent. Et plein de choses passent en tête : des filtres à la Kraftwerk (Untold World), des sons à la Gary Numan (The World is down, Love to Love), des évidences à la Neon Judgement (Deep Inside). Et ils se permettent même un instrumental aux sonorités "faciles" qui pourraient leur ouvrir bien des portes un peu plus à l’est d’ici. En bref, c’est clairement influencé, mais pas au premier degré, pas comme ces dizaines de groupes dont nous avons tous des exemples en tête. Ici, le passé est regardé en tout respect. L’EBM s’est développée à une époque bien précise, et M∃D en a tiré l’essence la plus essentielle. Malgré sa cohérence sur 32 minutes, difficile d’imaginer que l’album finalisé s’arrêtera là. Il se pourrait bien que le produit final (bien que quiconque connaissant Jean-Marc Mélot sait que l’ouvrage n’est jamais vraiment fini) soit encore plus étonnant. On fait donc confiance aux deux acolytes, et on attend leurs performances live.
