vendredi 1er juin 2012
 

Les Discrets - Septembre et ses dernières pensées

(2010)

Quelle catastrophique, incompréhensible et impardonnable erreur de timing que de sortir cet album maintenant !

Septembre et ses dernières pensées, Chanson d’automne, Une matinée d’hiver, L’envol des corbeaux… autant de titres qui en disent long sur l’atmosphère générale du disque, un disque qui s’accommodera à perfection des nuits qui tombent dès cinq heures de l’après-midi, du crachin de novembre, de la mélancolie des chutes des feuilles, des âtres chaleureux et des bières trappistes. Mais beaucoup moins par contre des éternuements liés au rhume des foins, des premiers barbecues, des ballades en voiture vitre ouverte et du rosé en cubi.

Il ne s’agit pas ici d’un simple caprice, mais d’un véritable regret, parce que cet album, également ode à la nature, demande une communion entre la musique, l’auditeur et le moment. Ce n’est pas un disque qu’on écoute après avoir tondu la pelouse ou quand on flemmarde sur la terrasse. C’est pourtant ce à quoi on en est réduit à cause des circonstances météorologiques. Et ce sont toutes ces précieuses premières écoutes qui sont de la sorte gaspillées alors qu’une sortie à l’automne aurait permis cette symbiose que l’on peut trop rarement éprouver. L’album aura encore sa chance dans quelques mois, mais nos oreilles dépucelées ne frémiront plus de la même manière, c’est inévitable.

Et c’est pour cela, et uniquement pour cela, que la note octroyée à ce premier album de Fursy Teyssier n’est pas maximale. Parce que, si l’on se veut objectif et qu’on se contente de juger la musique sans le moindre égard pour le ressenti de l’auditeur, alors on ne peut que tomber à genoux. Complice de Neige (Alcest, Amesoeurs), la musique de Teyssier, sa manière de construire les chansons, de poser sa voix éthérée, ses riffs, la section rythmique évoquent énormément un album comme le mémorable Printemps émeraude. D’autant plus que, contrairement à Alcest qui revient, sur son dernier album dont nous vous parlerons bientôt, au chant black metal, Teyssier reste tout le long en mode « clair ».

L’alternance presque continue entre l’acoustique et l’électrique facilite les montées en puissance et les envolées, et Fursy Teyssier parvient à en user sans jamais en abuser. Le riff arpégé de Song for mountains est d’une beauté stupéfiante. L’ambiance déployée sur le court et minimaliste Septembre et ses dernières pensées est d’une mélancolie qui évoquera quelques beaux souvenirs aux amateurs d’Anathema (époque Alternative 4/Judgement). En réponse à ce joli titre, le long et épique Chanson d’automne (aah, ce solo…) achève de nous convaincre de la maîtrise de Teyssier tant en ce qui concerne la composition que la construction d’un album comme un tout indivisible. Et on conclura en mentionnant ce superbe artwork, du graphiste Teyssier bien entendu…

On espère franchement que Les Discrets est un projet dans lequel cet artiste dont nous apprécions énormément le travail s’investira longtemps, et avec cette même passion que l’on peut ressentir à chaque instant de ce disque entre mélancolie et plénitude, nuages bas et beau coucher de soleil (mais pas grand soleil dans un ciel désespérément bleu !!!).