vendredi 1er juin 2012
 

Les Contes de Terremer

Goro Miyazaki (2006)

Dans le domaine de l’animation traditionnelle, qui, aujourd’hui, au Japon ou ailleurs, peut se targuer d’arriver à la cheville d’Hayao Miyazaki ? Son fils Goro peut-être… du moins aimerait-il le croire. En opposition avec les univers fantastiques bourrés d’originalité créés par le paternel, Goro a opté pour la prudence et a profité d’un canevas déjà existant pour mener à bien la genèse de son premier bébé.

Un mage blanc et un mage noir, un jeune prince troublé, une mystérieuse petite fille et des dragons, c’est avec ces éléments typiques du genre qu’on pose le pied dans les Contes de Terremer, adaptation nippone du troisième volet du cycle de Terremer, une référence Fantasy imprégnée d’humanisme et de psychologie. Avant toute autre considération, bon sang ne saurait mentir et ce qui frappe d’instinct est la très haute qualité technique de cet Anime. On commence à s’y habituer mais le dessin animé japonais, autrefois (?) vilipendé pour sa médiocrité visuelle, atteint aujourd’hui des sommets inaccessibles à la majorité de ses rivaux occidentaux. De plus, la représentation du monde de Terremer, qui s’accapare tout à la fois le moyen-âge occidental, le monde celtique et l’architecture Renaissance, distille un charme auquel il est difficile de résister. Par la splendeur de ses images, la magnificence de sa bande sonore et ses paysages paisibles, la filiation entre cette première œuvre du fils et celles du père est on ne peut plus évidente, et Goro Miyazaki n’a guère à rougir de la comparaison avec le modèle paternel. Un modèle avec qui, pour la petite histoire, les relations ont toujours été conflictuelles.

En revanche, si Terremer provoque un véritable enchantement visuel, on sera moins indulgent sur son contenu. A moins de s’être déjà plongé dans ce monde au travers des œuvres d’Ursula Le Guine – ce qui n’était pas mon cas – on déboule dans ce nouveau monde de manière un peu brusque et on n’a guère le temps de s’en imprégner autant qu’on le souhaiterait. Pourtant, ce n’est pas faute que Goro Miyazaki prenne tout son temps pour planter le décor. En dépit de son univers fantastique, les Contes de Terremer pèche en effet par une extrême lenteur. Dialogues parfois un peu hermétiques pour le non initié, soin extrême accordé aux paysages et aux actions les plus anodines, … A ce stade, on parlera presque de film contemplatif. Les amateurs d’action devront se contenter des dix minutes chrono d’un combat pas très rythmé contre le mage Araneïde. On sent une facette psychologique potentiellement intéressante (schizophrénie, refus d’accepter la mort, …) mais elle non plus n’a guère le temps d’être développée plus en avant. Néanmoins, pour un premier essai dans l’ombre d’un géant, Goro Miyazaki signe un film réussi, parfois émouvant, mais qui marquera les esprits davantage par son esthétique irréprochable que par son scénario et sa mise en scène.