
(2009)
‘n’sais pas pour vous, mais au fur et à mesure que le temps passe, je me dis que le prochain album d’Anathema, si jamais il voit le jour, ne sera pas terrible en comparaison de ce qu’ils ont pu nous offrir il y a une dizaine d’années. Déjà, il y a le temps qui use l’attente et qui nous fait craindre que la seule réaction que le disque pourrait engendrer soit : « tant d’attente pour ça ? ». Ensuite il y a les morceaux offerts par le groupe, convaincants mais pas transcendants. Et puis les déclarations un peu à l’ouest de Danny Cavanagh. Enfin, les dernières fournées en provenance plus ou moins directes du groupe ne satisfont plus les amateurs du genre. Hindsight, compile acoustique, semblait une étape obligatoire pour le groupe, et l’exercice, pour tout vain qu’il fût, était remarquable de maîtrise. On en dira un peu moins du live In parallel de Vincent Cavanagh en collaboration avec Anneke Van Giersbergen.
C’est dans cet état d’esprit (pas qu’on soit mal luné, non, mais on est un poil circonspect tout de même) qu’on aborde ce premier album de Leafblade. Avant toute chose, inutile de faire sa vierge effarouchée : on sait avant même d’enfourner la galette que ce sera un album acoustique, celtique, et que le frangin Cavanagh n’est pas le patron à bord du navire. Ce n’est donc pas un appendice anathéméen que l’on tient en main et il ne faudra pas compter sur Beyond, beyond pour vous faire prendre votre mal en patience.
Ceci étant clarifié, on peut désormais se laisser bercer par les douces mélopées de Leafblade. Sans verser en quoique ce soit dans la musique celtique de foire, mais sans non plus s’apparenter au pagan folk figé quelque part dans le treizième siècle, la musique de Leafblade est de celle qui invite à la communion avec la nature et les éléments. Apaisée et contemplative, elle invite à un voyage dans la verte campagne d’Outre Manche, sous un petit crachin, avec la promesse d’un bon repas autour du feu en soirée. Si un certain ésotérisme se dégage des paroles, la musique reste des plus faciles d’accès, puisqu’elle ne consiste qu’en une succession de ballades folk, le plus souvent arpégée. Pas de sentiment de répétition tout de même, l’envoûtante voix de Sean Jude se chargeant de vous ébahir. On apprécie également pouvoir enfin écouter les morceaux du groupe avec une production correcte, les précédentes démos du groupe, bien que proposant de véritables merveilles, étant assorties d’un son immonde (on n’était vraiment pas loin du magnéto posé sur la table du salon).
Si le descriptif ci-dessous vous a arraché une moue boudeuse, ne comptez pas sur l’album pour vous faire virer votre cuti. L’album n’est pas de ceux qui bouleversent une vie. Il contentera par contre parfaitement ceux qui aiment couper le courant de temps en temps, qu’ils soient amateurs de musique folk conventionnelle ou d’inspiration plus païenne et médiévale, sous-genre vers lequel il peut constituer une sympathique porte d’entrée.
