
David Gemmel (1990-1991)
Vaste fresque épique en quatre volumes (pour la version française) de feu David Gemmel, Le Lion de Macédoine retrace l’histoire de Parménion, un célèbre général grec du IVème siècle avant notre ère qui, après avoir servi Sparte et Thèbes, mit son épée au service de Philippe II de Macédoine d’abord, de son fils Alexandre ensuite. Mais Le Lion de Macédoine ne se contente pas d’être une simple reconstitution historique brillamment romancée puisqu’il n’hésite pas à teinter son propos d’un puissant parfum Fantasy. Dans l’ombre de l’histoire officielle se déroule en effet une lutte millénaire entre le bien et le mal, à laquelle Parménion se retrouvera mêlé bien malgré lui tout au long de son existence. Dans l’ombre, les prêtresses au service du Principe de Vie tissent leurs intrigues pour repousser les servantes du Dieu Noir, le Principe élémentaire du Chaos voué à s’incarner dans un homme dont la destinée s’annonce riche de combats et de violence.
Ces éléments semblent au départ relever d’un simple choix scénaristique de Gemmel, dans le but d’inclure une petite pincée d’imaginaire sans recourir pour autant au panthéon olympien. Les premiers tomes (L’enfant maudit et La Mort des Nations) suivent en outre les événements de la guerre du Péloponnèse avec beaucoup de précision. Mais ce souci de réalisme historique vole en éclat dès le troisième volume (Le Prince noir, distinct des autres dans la version originale), qui voit Parménion partir à la rescousse du jeune Alexandre, retenu prisonnier en Aegea, une version alternative de la Grèce peuplée par les créatures de la mythologie. Le Stratégos y combattra, aux côtés des Centaures, des Minotaures et des héros spartiates du passé, la version locale du Roi de Macédoine, un Phillipos entièrement soumis à la volonté du Dieu noir. Quant au dernier volume (L’Esprit du chaos), il retrace, peut-être un peu trop brièvement, la glorieuse destinée d’Alexandre et la mort tragique de Parménion à la lumière des manipulations des puissances occultes.
Bien souvent, l’injection d’éléments Fantasy au cœur d’un roman historique laisse l’impression d’une grosse ficelle tout juste bonne à épicer grossièrement le récit. Les amateurs d’histoire n’apprécient généralement pas que des dragons viennent modifier le cours d’une bataille, et on peut les comprendre. Mais ce dilemme ne se pose pas dans le cas du Lion de Macédoine : Gemmel réussit la synthèse presque parfaite de deux genres littéraires à la limite de l’antagonisme. Plutôt que de mêler réalité et fiction de manière brouillonne, l’écrivain britannique se livre à un subtil jeu d’ombres et d’influences. A l’exception de Parménion et du philosophe Aristote, les personnalités historiques qui parsèment ne sont que des pions soumis aux caprices du bien et du mal, dont les succès et les souffrances répondent à une logique dont le contrôle leur échappe totalement.
Brillamment écrit, à la frontière de l’histoire, de l’Heroic-Fantasy et de l’uchronie sans jamais s’inscrire totalement dans un de ces trois genres, Le Lion de Macédoine s’impose comme un véritable chef-d’oeuvre, d’ores et déjà appelé à devenir un classique de la littérature Fantasy et dont on ne peut que prier un réalisateur avec l’expérience du genre (pourquoi pas Peter Jackson ou Ridley Scott) d’assurer un jour prochain l’adaptation cinématographique.
