vendredi 1er juin 2012
 
 
 

Le Carré de la vengeance

Pieter Aspe (1995)

Alors là, c’est un coup de foudre, et un gros ! Et pourquoi ? L’histoire ? Bof : vengeance, ésotérisme, enlèvement, compte à rebours, suspense… la routine. En fait, on s’en foutrait presque. Les personnages ? Si on s’en tient au schéma classique, on a un flic obstiné, qui sait tout mieux que les autres (en particulier sa hiérarchie) et une jeune et jolie magistrate idéaliste et ambitieuse. Déjà vu, déjà lu, des clichés, quoi. Alors quoi, bordel ? L’ambiance belgo-belge du bazar !!! Attention, délire chauviniste à suivre…

Les personnages semblent clichés, oui. Mais on est loin des clichés rosbifs ou ricains qui n’existent pour nous que dans les romans ou les films. Ici, les flics boivent de la Duvel, ils n’aiment pas les gendarmes, ils doivent requérir des informations chez Belgacom, ils roulent sur la E411, ils sont stupéfaits de tomber sur un collègue de l’autre côté de la frontière linguistique qui les comprenne, ils sont brigadiers et ne manquent pas de remettre à leur place les citoyens qui les appellent « inspecteur », etc. Le livre est parsemé de détails de ce genre (et quand on dit parsemé, ça veut dire plusieurs fois par page) qui imprègnent l’histoire dans notre quotidien. Et quand on nous parle de magouille politique, il ne s’agit pas de grande théorie du complot, mais simplement d’arrangements de politicards communaux comme le sont tous nos maïeurs du plat pays. Van In, le superflic de Bruges, ce pourrait être ce gros rougeaud d’Alfred, votre voisin. Rien de cinématographique, rien de pensé en terme d’image. Du concret pur et dur, et hilarant justement pour cette raison. Et pour signifier qu’Hannelore Martens est la plus jolie des substituts du Procureur qu’on puisse imaginer, on la compare à Miss Belgique, rien de moins (ou rien de plus…).

Soit, on est bien installé dans nos chausses, mais ça ne suffit pas. Un ami m’a bien parlé de ce roman policier cinacien, écrit par un cinacien pour les cinaciens. Résultat : un succès d’estime dans le Condroz… Mais ici on parle quand même d’un bonhomme qui a écoulé plus d’un million et demi de bouquins ! La recette ? Outre ces personnages typés et ultra-attachants, une histoire qui, malgré son relatif classicisme, exploite à fond les décors magnifiés de la Venise du Nord (la ville d’origine de l’auteur), et se ballade également du côté de Liège ou de Fleurus. Le scénario a également le bon goût d’éviter la surenchère gratuite et systématique, pour retomber dans le sordide, dans la tragédie familiale qui ferait le bonheur de la DH.

On me chuchote à l’oreille : « mais ce ne serait pas justement ce que font les frères Dardenne » ? Allez vous faire voir !