
Stacy Title (1995)
En voilà un bien sympathique, de petit film « indépendant ». Dans la lignée de Petits meurtres entre amis, le métrage de Stacy Title nous conte l’histoire de cinq étudiants qui aiment refaire le monde autour d’une bonne table bien garnie, discutent de choses et d’autres, de sujets de société, reçoivent des invités aux vues divergentes des leurs… et les empoisonnent.
Si le film se veut une réflexion sur le pouvoir, il n’a jamais la prétention de se faire moralisateur. Son propos, il le sait, est archi-remâché, mais il reste pertinent, et il est ici présenté avec panache et humour. Dans la série : « ne combats point les monstres ou tu deviendras toi-même un monstre », le film se pose clairement là et on ne peut s’empêcher de ressasser les vigoureux errements philosophico-intellectuels de Didier Super lorsqu’il nous chantait : « Parce que, je sais pas vous, mais moi, les gens qui sont méchants, y me foutent les boules. Et d’ailleurs, si tu regardes bien, rien à qu’à leur gueule, ça se voit, y sont pas nets. Et plus ça va, et moins j’supporte de les voir passer devant chez moi, tu vois... Et si y veulent pas comprendre, j’ai des so-lu-tions / la déportation pour tous ces enculés d’intolérants / et les chambres à gaz pour tous ces fumiers de racistes / et on ré-allume les fours pour y mettre tous ces sales cons de fascistes / Et tout ceux qui pensent pas que j’ai raison, je les bute ! »
On apprécie également le final à multiples interprétations : bien propre sur lui puisque les assassins sont victimes de leur propre piège, mais foutrement caustique si l’on prend en considération le point de vue du politicien qui ne jurait que par le dialogue et tenait un discours propre à remettre en cause les certitudes de nos étudiants bienfaiteurs, et dans les actes accomplit l’extrême inverse de ce qu’il prônait à nos petits camarades.
Au niveau du casting, la tête d’affiche est évidemment la pétillante Cameron Diaz, dans un rôle déjanté qui lui va comme un gant. Mais si elle se voit donner la réplique par un Courtney B. Vance à fond dans son personnage, le film vaut également par ses seconds couteaux, essentiellement les invités qui vont subir le jugement de leurs hôtes. De Bill Paxton, inquiétant et toujours aussi irréprochable à l’inénarrable Ron Perlman, tous valent leur pesant de cacahuètes.
On osera émettre un petit regret : les invités sont pour la plupart (à l’exception de Norman Arbuthnot, joué par Ron Perlman) assez caricaturaux dans leurs propos et leurs positions. Les discussions auraient gagné à être un peu plus étoffées et nuancées, mais transformer les scènes de souper en une succession de débats aurait certainement nui à la dynamique du film, suffisamment nerveux pour ne jamais lasser malgré la répétition de scènes similaires dans un lieu clos. Un petit regret, mais justifiable, donc…
