vendredi 1er juin 2012
 

Restaurant
L’Orange Rose

Chaussée de Namur, 19, Eghezée

Dans la série « l’exception qui confirme la règle », l’Orange Rose se pose là : je n’aime pas me rendre toujours au même restaurant et y prendre mes habitudes, or en un an, c’est bien la sixième ou septième fois que j’y trainais mes guêtres. La (très) bonne cuisine n’expliquant pas tout, passons un peu en revue ce qui se passe une fois franchie la porte de ce charmant établissement…

Etablissement familial oblige, on ne trouve pas une armada de serveurs en uniforme qui s’affairent dans une grande salle. Non, ici, c’est Monsieur en salle et Madame en cuisine. On apprécie d’emblée le cadre, classe, relax, mais qui évite de basculer dans la déco lounge. Les tons sont chaleureux, les luminaires ont été fabriqués par un ami de la famille, les tables sont disposées et décorées sans le moindre chichi.

La carte frappe par sa sobriété : quatre entrées, quatre plats et quatre desserts sont proposés. A première vue, cela semble peu, mais les tenanciers ont choisi l’option de renouveler intégralement leur carte tous les deux à trois mois, en fonction des saisons, des produits qu’ils auront découverts et des humeurs culinaires de la patronne. Et c’est justement pour ça qu’on revient aussi sûrement que le crachin de novembre : parce qu’on veut voir toutes ces cartes, on veut tout goûter. Autant le gibier de fin d’année que les tomates-mozzarella de l’été, tous les mets proposés se distinguent par leur richesse de saveurs et leur excellence.

Mais revenons à notre dernière visite en date. On commence comme d’habitude par l’apéro maison (Champagne et Amaretto) qui a toujours le don d’échauffer nos papilles. Cette fois-ci, madame prendra le cuberdon de tomates et chèvre frais à la ciboulette sur lit de fenouil et je prendrai les tigers géants aux épices rouges et spaghetti de courgettes. Oui, vous avez bien lu, un cuberdon de tomates : croquant à l’extérieur et coulant à l’intérieur. On mange avec les yeux avant de planter une première fois sa fourchette, et dès qu’on passe à l’attaque, on est frappé non seulement par la fraicheur des aliments, mais également par les savants et audacieux mélanges des saveurs. Véronique a le don de nous surprendre, de faire cohabiter des goûts qu’on n’imaginerait pas s’allier, mais surtout, elle a le don de nous faire sentir chacune de ces saveurs. Les aliments ne sont pas mélangés en un tout improbable qui aurait son goût propre, mais ses plats parviennent à faire ressortir le goût de chaque ingrédient, dans toute sa splendeur, de la plus petite touche épicée à la plus grosse pièce de viande. Même constat avec le plat principal, le Saint-Pierre caramélisé aux agrumes sur lit d’épinards tombés au curry. Une fois encore, on goûte tout. En une seule bouchée, on déguste ce Saint-Pierre, on savoure ce petit goût caramélisé, on se rafraîchit avec les agrumes, on fond pour les épinards et on frissonne pour cette légère touche de curry. Tout est là, le palet identifie chaque saveur et n’a de cesse de nous marteler qu’il a un plaisir fou à être ainsi assailli. Pour les vins, fiez-vous à Grégory, qui sera ravi de vous guider au-travers d’une carte qui, tout comme pour la nourriture, ne table pas sur les noms prétendus indispensables, mais propose des coups de cœur de la maison qui, s’ils n’ont jamais marqué au fer rouge notre mémoire comme certains des mets déjà dégustés, se sont toujours révélé être de parfaits accompagnants aux plats servis. On ne va pas s’épuiser à chercher de nouveaux superlatifs : sachez simplement que tout le bien écrit ci-dessus est également applicables aux desserts (crème brûlée parfumée à la lavande pour Madame, aumônière de pommes caramélisées aux calvados, sauce tiède au fruit de la passion pour moi).

Et que retient-on en sortant de l’établissement ? Que nous avons passé un moment très agréable de bout en bout (captant une bribe de conversation évoquant Bon Scott, Grégory, qui avait déjà diffusé du Portishead, du Louise Attaque et du jazz au cours du repas, attendit que nous demeurions les derniers clients avant de diffuser… Highway to hell). Que l’on est repu sans être au bord de l’étouffement, et que si le ventre est bien rempli, les poches n’en sont pas pour autant vidées (comptez une quarantaine d’euros par personne). Et que l’on a mangé des plats qui ne font rient de moins que nous rappeler que la cuisine, quand elle est abordée avec ce sens de la créativité, et cette passion des produits de qualité, peut nous apporter des plaisirs qui dépassent le simple rassasiement bienheureux.

L’Orange Rose
http://www.lorangerose.be/
081 63 41 00
Ouvert du jeudi au lundi de 12h à 14h et de 19h à 21h30.
Tarifs :
Entrées entre 8 et 13 EUR.
Plats entre 14 et 20 EUR.
Desserts à 7 EUR.
Le lundi : apéritif offert et 50% sur les vins et le Champagne pour les dames.