
(2009)
Kwoon fut sans conteste LA (pardon… « ma ») révélation 2006. Leur premier album autoproduit, Tales and dreams, est de ces rares disques qui s’agrippe à l’auditeur dès la première écoute, et refuse obstinément de le lâcher par la suite (on ne parle ici plus des semaines qui ont suivi, mais bien des trois années qui ont suivi…). Leur post-rock rêveur, au sens mélodique imparable et gorgés de quelques titres tout simplement inoubliables, (parmi lesquels un I lived on the moon servi par un clip multi-primé, d’une magnifique mélancolie, et qu’on vous remet ci-dessous juste pour le plaisir), n’était peut-être pas frappé du sceau de l’originalité absolue, mais l’invitation à la communion avec la musique était telle qu’on en oubliait tout ce que l’humanité avait pu engendrer en termes musicaux depuis qu’il a pris à un homme de cro-magnon la fantaisie de frapper deux bouts de bois ensemble.
Et voici enfin la nouvelle tant attendue : le deuxième album !!! Dire qu’on a les mains qui tremblent au moment de l’enfourner dans la chaîne serait minimiser l’impatience qu’il a engendré, ce disque. Et alors, vous savez quoi ? Même pas déçu ! Histoire d’écrire quelque chose qui ne veut absolument rien dire, qui ne vous renseignera pas, mais qui fait partie d’un quota de phrases types qu’il nous est imposé de glisser quelque part, on relèvera immédiatement que le groupe est, dès les premières secondes, pleinement identifiable et reconnaissable, tout en mettant en avant diverses nouveautés et évolutions dans son style et son approche.
La plus grande constante dans la musique de Kwoon (désormais présenté comme un groupe à part entière, et non plus l’émanation d’une seule personne), c’est ce trip onirique et ce glissement maximal hors de l’ici et du maintenant. Kwoon n’a pas créé un monde à part, Kwoon est un monde à part, et la musique est une porte qu’il nous ouvre généreusement. On reconnaîtra au détour d’un mur de guitares l’ombre d’Explosions in the sky, tout comme certaines ballades éthérées rappellent l’ode à la nature islandaise de Sigur Ròs. Étonnamment pour une musique à ce point sujette à la rêverie, c’est dans ses parties les plus minimalistes que Kwoon se fera un petit peu prendre en défaut. Des titres comme Frozen bird ou Memories of commander ne parviennent en effet pas à captiver, la faute à l’absence d’un thème fort, comme c’est souvent le cas avec les autres titres. Par contre, les montées en puissance que le groupe propose régulièrement comme sur Great escape ou Schizophrenic justifient à elles seules la découverte du groupe. L’oreille lassée de post-rock pourra grogner que cela semble déjà-entendu, mais la fraicheur que dégage le groupe, et qu’il allie à une intensité dans son jeu et son écriture, lui ralliera, on n’en doute pas, les suffrages.
Tout comme sur le premier disque, le chant est très en retrait. Si l’on s’en tient à la qualité globale de la production tout en limpidité et en son cristallin, on se sent bien obligé de conclure qu’il s’agit bien d’un choix de noyer ainsi la voix. Afin de renforcer la sensation de rêverie et d’apesanteur ? Il ne s’agit en tout cas pas d’un cache-misère destiné à masquer un chant plus encombrant qu’autre chose, si l’on en juge au timbre chaleureux de Sandy (qui évoque encore une fois Sigur Ròs), et qui se fait également accompagner de manière sublime quand il le faut (Labyrinth of wrinch). De manière globale, on appréciera également l’ambition plus grande qu’affiche le groupe, ne serait-ce qu’au-travers de cette Overture titanesque, ou de l’élargissement de la palette musicale, par le recours à de plus nombreux instruments (glockenspiel, cello, etc.).
A l’occasion de son premier album, Kwoon était un groupe sorti de nulle part qui nous avait complètement retourné. Cette fois-ci, alors qu’on l’attendait, et même s’il n’est pas parvenu à nous stupéfier dans les mêmes proportions, Kwoon a prouvé qu’il n’était pas le groupe que d’un seul album.
