vendredi 1er juin 2012
 

Juliette Lewis - Terra Incognita

(2009)

Aah… Juliette Lewis. Même si je n’ai jamais trouvé ses albums pleinement probants, je garde pour la belle une forme d’admiration inaltérable. La raison : une scène inoubliable de Strange Days de Kathryn Bigelow mettant en scène une femme-enfant à l’aura de prêtresse post-grunge interpréter… que dis-je ?... s’approprier Hardly Wait de PJ Harvey. Allez, pour la bonne cause, on vous propose cette scène énormissime, probablement la plus belle scène de rock jamais filmée, tirée d’un film souvent sous-estimé (desservi par son côté générationnel qui le confine à un certain public, alors que la réalisatrice de Point Break nous offre des poussées d’adrénaline hallucinantes).

Et donc voilà… Iconisée en moins de deux minutes, il ne pouvait qu’être difficile à Juliette Lewis de quitter les plateaux pour confirmer sur disque l’impression qu’elle nous avait laissée.

Mais surgit finalement un évènement décisif : la rencontre entre Juliette Lewis et Omar Rodriguez Lopez. L’apport que ce dernier, membre de l’incontrôlable groupe The Mars Volta, a injecté, dans la compo de certains morceaux, mais surtout dans la production, est indéniable. Dès les premières secondes, dès cette Intro inquiétante, et surtout dès les premiers riffs de Noche Sin Fin, il se passe quelque chose. Juliette Lewis, pour toute harpie qu’elle soit, n’a jamais sonné aussi rock. L’album est tout simplement fiévreux et imprégné d’une irrésistible urgence.

Les mauvaises langues auront vite fait d’en conclure que la gamine capricieuse a simplement loué de bons musiciens pour interpréter de bonnes chansons achetées à des artistes talentueux mais encombrés de facture. Allez zou, on condamne vite fait pareils rabat-joies à deux écoutes consécutives du dernier Renaud, ça devrait suffire à leur atrophier le cerveau définitivement… Car la belle co-signe chaque chanson, écrit les paroles, et s’approprie chaque titre. Chaque morceau a l’air tiré du set qu’elle a joué ce soir-là devant un Ralph Fiennes hypnotisé. Sa voix cassée, plus roots que jamais, plus chantante et moins hurlante (quoique…) se permet jusqu’à aller invoquer les mânes de la grande Janis sur un Hard Lovin’ Woman, mémorable blues crasseux.

Furieusement rock (Noche Sin Fin), magnifiquement désespéré (Junkyard Heart, Suicide Dive Bombers), atrocement entraînant (Fantasy Bar), Terra Incognita, bien qu’il ne soit pas fondamentalement révolutionnaire, est bien ce disque d’un papillon de nuit ravagé qui a atteint cet incandescent niveau réservé aux seuls artistes qui ont ce quelque chose qui leur reste en travers de la gorge et les moyens de le cracher.