
(2009)
Certains extrémistes du genre ont tendance à considérer que depuis Panopticon, voire même depuis Oceanic, Isis est sur une pente descendante, et que ce Wavering Radiant vaut, à la limite, un peu mieux que son prédécesseur In the absence of truth, considéré comme mou du genou.
De mon point de vue, je considère Isis comme un groupe fondamental, et depuis qu’il m’a saisi à la gorge, il ne semble pas vouloir desserrer son étreinte, chaque nouvel album me semblant aussi indispensable que les précédents. Oui, Isis évolue. Oui, In the absence of truth était moins brut de décoffrage, mais il abordait le genre sous un autre angle, plus progressif, tout aussi pertinent. Oui, Wavering Radiant renoue avec une certaine agressivité et on aime toujours cela autant. L’œuvre d’Isis est cohérente, continuée, chaque nouveau disque est un mur de soutènement d’une bâtisse qui n’a de cesse de s’élever vers des cîmes que la concurrence ne peut qu’imaginer.
Dès les premières secondes, Aaron Turner semble se figer à quelques centimètres de notre visage pour nous hurler à la figure ses angoisses, et on est immédiatement happé par la puissance coutumière du groupe. Le martèlement chirurgical des fûts, les riffs énormes, la basse envoûtante, tout est en place. Et pourtant Isis semble, insidieusement, poursuivre sa mutation. Car autant cette nouvelle fournée nous semble familière, autant elle n’a rien à voir avec Panopticon. Le rapprochement opéré entre la formation et Tool (pour laquelle Isis a effectué des premières parties) est confirmé par la présence du guitariste Adam Jones en guest (inaudible, mais bon, il est crédité). Et pourtant, pas de contamination, pas de volte-face, Isis reste ce groupe-phare du post-core, celui qui parvient plus que tous les autres à marier sa violence primale avec des élans progressifs floydiens, et qui ose (car dans ce milieu, c’est carrément de l’audace) donner la prééminence au chant clair sur l’ensemble de son disque.
La quintessence de la démarche d’Isis est atteinte sur le titre final : Threshold of Transformation. Ce titre est le plus épique, le plus violent mais aussi le plus calme, le plus progressif, le plus beau, le plus trippant de tout le disque, et s’érige sans conteste comme l’un des tous meilleurs jamais écrits par Isis. On vous en cause un peu plus ici.
Isis confirme donc sa position de formation dominante d’un genre qui refuse de passer de mode, mais dont la multitude de nouveaux groupes ne parvient pas à la cheville des têtes de gondole que sont Isis, Neurosis et Cult of Luna.
