vendredi 1er juin 2012
 

Iron Maiden - The final frontier

(2010)

Comment passer à côté du dernier (en date ? dernier dernier ?) album des vétérans de la NWOBHM ? Comment éviter de parler d’un groupe de métal qui arrive encore, malgré la prétendue crise mondiale de l’industrie du disque, à placer ses albums en tête des ventes dans la plupart des pays du monde, et ce même en France ? Comment garder le silence, alors que nous avons tous une histoire si particulière avec la vierge de fer ? Ainsi, il aurait été un affront de ne pas rendre justice au travail de la bande à Steve Harris, Bruce Dickinson et leurs compères sur ce 15e album solo.

Côté thématique, Maiden est en terrain connu. Eddie est là, sous forme d’un alien gardant jalousement les clés de l’ultime frontière face à des spationautes humanoïdes trop curieux... Un contexte de fantasy space-opera pas forcément original, mais de bon ton, cohérent, qui rappellera bien évidemment, par son côté futuriste, l’album Somewhere in time.

Côté tracklist, l’album compte 10 morceaux, pour une durée totale d’une heure 16 minutes. Même les détracteurs les plus farouches des dernières productions du groupe ne pourront au moins pas le taxer de facilité ou de fainéantise (sans évidemment juger de la qualité de la musique). Plusieurs morceaux dépassent allègrement les 8 minutes, dont étonnamment le morceau d’introduction en deux parties Satellite 15... The final frontier, ainsi que les deux derniers titres, laissant présager ainsi de la volonté du groupe et de ses têtes pensantes de continuer à avancer sur une voie plus progressive, faite d’ambiances, de montées, de temps forts, de constructions plus complexes qu’un simple enchaînement de titres "single" très directs.

Et c’est à partir de là que les fans, nombreux, se divisent : avec 35 ans de carrière, la gamme de ce qu’a pu offrir le groupe est large et chacun va citer "son" album, "sa" période fétiche. Au risque d’enfoncer une porte béante, le Maiden d’aujourd’hui n’a plus rien a voir avec celui d’il y a 10, 20 ou 30 ans. Mais le Maiden de 1984, avec Powerslave, n’avait déjà rien à voir avec le Maiden de 1982 avec The Number of the beast ou celui de 1986 avec Somewhere in time. Tout ça pour dire que tous ceux qui crient au sacrilège et au fait de ne plus reconnaître "leur" Maiden ne me semblent pas d’une objectivité parfaite (la passion sûrement). Personnellement, après avoir eu du mal à digérer un A matter of life and death qui ne me parlait pas, j’ai retrouvé Iron Maiden avec The final frontier. Attention, je ne crie pas au génie ou à l’album du siècle, non, mais j’ai envie de défendre cet album, avec ses points forts et ses défauts.

L’aspect qui, selon moi, serait à mettre en avant, reste la variété et l’intelligence de composition des morceaux. Là encore, je ne parle pas d’originalité, mais bien de variété, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Si les finesses de jeu des musiciens n’ont plus aucun secret pour personne, les compositions offrent tout de même de réels moments d’étonnement très plaisants. Chaque titre est réellement empreint de la griffe de ses compositeurs : si Steve Harris est toujours aux manettes, il est souvent épaulé dans l’album par Adrian Smith (jusque là rien de révolutionnaire), mais aussi de Bruce Dickinson sur 4 morceaux (où le chant est bien évidemment plus exploité), et aussi des compères de toujours, Janick Gers (The Talisman) et Dave Murray (The Man who would be king). Steve Harris signe en solo le dernier titre, When the wild wind blows, véritable parangon de la composition selon le bassiste, un résumé de ce qu’est Maiden, un morceau racoleur au possible, mais d’une efficacité rare. Il fait partie des quelques morceaux volontairement taillés pour le live : à l’écoute des breaks de Mother of Mercy, de la balade Coming Home, du caractère direct et furieux de The Alchemist, l’auditeur ne pourra réfréner un frisson en imaginant déjà les foules amassées chantant ou ponctuant les silences de cris hystériques...

L’album se compose de deux parties assez distinctes : un premier set de chansons assez directes, puis un second de morceaux où le groupe a plus laissé le temps aux ambiances, aux variations, pour finir sur When the wild wind blows, comme pour rappeler que Maiden en a encore pas mal sous la semelle.

Autant le dire tout de suite, ce sont les morceaux les plus directs ou "simples" qui me plaisent le moins, pour les raisons que je vais essayer de vous expliquer. D’une part, le chant de Dickinson est omniprésent sur ces titres, ce qui, en théorie, n’est pas un mal. Sauf que la palette vocale du chanteur, en termes de tessiture, de phrasé, d’effets s’est fortement réduite et, ça me pèse de l’écrire, mais certains passages sentent le déjà-entendu, ou, pire, j’en viendrais à préférer que la chanson soit amputée d’une énième reprise de refrain finalement accessoire... D’autre part, et c’est le corollaire logique du premier point, la structure même des morceaux, la tonalité des riffs ne sont pas de nature à m’ébouriffer : l’ensemble est très convenu, comme pour "rassurer" le fan en début d’album. Une opinion que ne partagera bien évidemment pas le fan rejetant la virée "progressive" du groupe, qui va préférer ce début d’album à la suite. Des goûts et des couleurs...

Les cinq derniers titres de l’album laissent un peu plus la part belle à la musique et à surtout à une plus grande liberté d’écoute : plus complexes, les morceaux demandent un peu plus d’efforts pour se laisser dompter (attention, on n’est pas non plus dans du post-rock fumeux, ça reste du Maiden). Si, en étant très exigent, on pourrait aussi reprocher le manque d’originalité des ambiances et la linéarité de certaines compositions, chaque titre recèle des passages inspirés, notamment le cœur de Isle of Avalon, la sortie de solo de Starblind juste avant la reprise du refrain, la cavalcade de The Talisman, les multiples fausses pistes de The Man who would be king... De longs morceaux qui rendent réellement plaisante l’écoute "distraite" de l’album aussi bien que l’écoute attentive, l’auditeur pouvant essayer de suivre les touches discrètes apportées par les 3 voies de guitares, la basse et bien sûr le jeu si particulier de Nicko McBrain, que je trouve parfaitement en place et juste tout au long de l’album.

Vous l’avez compris, tout album de Maiden fait des heureux et des aigris. Je fais partie de la première catégorie, bien que ne versant pas dans l’euphorie la plus débridée non plus. The Final Frontier est un bon album, et sera vraisemblablement une réussite en live (tous les jalons disposés çà et là dans l’album le laissent supposer). S’il ne restera pas incrusté sur votre platine CD indéfiniment, The final frontier devrait réussir à vous faire partager une bonne tranche de heavy métal et à vous faire espérer que les fringants quinquagénaires de la vierge de fer soient aussi prompts à repousser l’âge de la retraite que nos chers dirigeants.