vendredi 1er juin 2012
 

Halloween

Rob Zombie (2007)

Passer du micro à la caméra pourrait passer pour un caprice de star blasée, quand bien même le micro servait à beugler de la pop-metal horrifique et grandguignolesque, et la caméra à tourner des films d’horreur tout aussi grandguignolesques. Mais c’est mal connaître Rob Zombie qui, qu’on apprécie ou pas sa production musicale, possède de manière évidente une connaissance très approfondie du cinéma d’épouvante et des séries B, dont il parsemait d’ailleurs ses albums de références plus ou moins obscures.

Ses deux premières réalisations n’avaient pourtant pas totalement convaincu, bien qu’elles aient clairement prouvé que le Zombie Dreadlocké avait du potentiel. Le visuel original de House of 1000 corpses n’était pas parvenu à l’extirper de sa médiocrité, principalement causée par une attention excessive portée à la forme et à un dédain palpable pour le fond. Devil’s reject s’en était déjà mieux tiré, et se payait même le luxe d’offrir l’un des finals les plus Rock’n roll qui soient, au rythme du fabuleux Freebird de Lynyrd Skynyrd. Rechignant sans doute à faire face à un troisième semi-échec, Zombie a cette fois préféré tabler sur une recette qui avait déjà fait ses preuves, et s’attaquer à une légende du slasher : rien de moins que le fameux Halloween de John Carpenter, initialement sorti en 1978. N’allez cependant pas croire à de la paresse dans le chef de l’ancien métalleux : si remettre une vieille gloire au goût du jour tient davantage du travail de copiste que de la création pure et dure, le choix d’un des films d’horreur les plus emblématiques de sa catégorie était limite casse-gueule. Face une telle référence, le réalisateur imprudent allait devoir assurer à mort pour offrir autre chose qu’une copie-carbone tout en ne corrompant pas l’esprit de la version originale. Alors que ce projet audacieux avait toutes les chances de finir en échec cuisant, Rob Zombie s’est en vérité plutôt bien tiré de cet épreuve auto-imposée, même si on peut toujours se poser quelques questions quand à la démarche.

La relecture effectuée par Zombie tient à la fois du prequel et du remake. Prequel parce que la première moitié du film s’attarde, bien au-delà de la simple accroche, sur l’enfance, l’holocauste familial, l’emprisonnement et l’évasion de Michael Meyers. Remake parce qu’à compter de ce moment, la seconde partie reprend fidèlement la trame de la Nuit des Masques (titre français de Halloween) tout en la transposant dans un contexte temporel plus actuel. Donald Pleasance a été remplacé par Malcolm McDowell, et Jamie Lee Curtis par une jeune blondasse très énervante et la version 2007 a beau faire quelques sacrifices aux codes du slasher moderne, il n’en reste pas moins que personnages, décors et synopsis restent, à peu de choses près, d’une très grande fidélité à la version initiale.

Le volet prequel ne présenterait finalement qu’un intérêt somme toute anecdotique s’il ne possédait pas la particularité d’humaniser Meyers. Alors que les meurtres, crus au possible, ne répondent à aucune autre logique que celle de s’être malencontreusement trouvé sur le chemin du sociopathe masqué, la description des conditions de vie de l’enfant parviennent à lui conférer un cachet presque humain. A noter, l’étonnante prestation de Daeg Faerch dans le rôle du petit Myers, qui parvient à incarner à la perfection ce petit White Trash déshumanisé et inquiétant. Moins surprenante que ses autres réalisations mais aussi nettement plus digeste, cet Halloween revu et corrigé par Rob Zombie n’est évidemment pas le slasher ultime : la tension qu’il dégage reste assez faible, surtout chez les fans de la version de base bien entendu. Il n’empêche qu’il surpasse sans difficulté 90% des remakes dont le cinéma américain est friand… et la même proportion des slashers des années 2000.