vendredi 1er juin 2012
 

Guns and roses - Chinese Democracy

(2008)

It’s been fourteen years of silence, fourteen years of pain, fourteen years that are gone forever and I’ll never have again.

Le voici enfin, le disque de toutes les attentes, le disque à vingt millions de dollars (réfléchissez bien à ce chiffre : cent fois le prix d’une maison pour une heure de musique), le disque déjà mythique d’un groupe mythique. Mais ce fameux album mérite-t-il finalement que l’on parle de lui pour d’autres raisons que l’attente qu’il a suscitée ?

On avait une quasi-certitude avant d’écouter ce disque : celle d’être déçu. Quatorze ans pour un disque de hard rock ! C’est à ce point déraisonnable que, à moins de se retrouver confronté à un Dark side of the moon, un White Album ou un Led Zep IV, il serait impossible d’affirmer que l’attente valait le coup. Et là, brisons d’emblée toute forme de suspense, ce Chinese Democracy n’atteint pas les cimes de Appetite for Destruction ou du diptyque Use your Illusion. Il y a de très bonnes choses, tant dans les morceaux plus excités que dans les ballades et morceaux mid-tempo pour lesquels Rose et sa bande se sont rendus célèbres. Mais on cherchera en vain un équivalent à Welcome to the Jungle, Estranged, You could be mine ou November Rain. Toutefois… toutefois cet album réveille en l’auditeur nostalgique quelque chose de profondément enfoui. Cette voix… nom de Dieu, cette voix farouche et inimitable, qui semble n’avoir en rien subi les outrages du temps, fait ressurgir une foule de souvenirs, d’émotions adolescentes. Véritable bain de jouvence, l’écoute de la voix d’Axl, même si elle était plaquée sur de mauvaises compositions, justifierait que l’on se rue sur ce Chinese Democracy. Toujours aussi hargneux, teigneux, ou empathique dans les grandes envolées sentimentales, le brave Axl nous donne à entendre une telle vigueur que c’en est presque interpellant. Un petit détour par la case ProTools ne semble pas improbable, mais dès lors que le résultat se montre à la hauteur d’attentes qu’on n’osait même plus formuler, osera-t-on y redire quelque chose ? C’est petit, comme approche, ça ne tient compte d’aucun critère purement artistique, c’est tourner le dos à la spontanéité et à l’intégrité que l’on considère le plus souvent comme les qualités premières d’un disque, mais au diable toutes ces considérations dès lors que pendant une heure, cet album nous fait croire qu’on a quinze ans de moins et que notre vœu le plus cher est d’avoir une tignasse de cheval à secouer vigoureusement et un briquet en poche à brandir durant les assez nombreuses ballades.

Et cet organe, véritable substrat de l’album, est servi par des compositions qui, cela a été avoué d’entrée de jeu, pour aussi bonnes qu’elles soient, ne rejoignent pas la flamboyance des glorieuses heures passées. La faute, peut-être, à ce line-up trop dispersé que pour imposer une personnalité de groupe ? La faute également à une production résolument moderne, qui donne indéniablement un coup de jeune au style des Guns, mais dénature la force rock’n’roll des titres ? Pareille production n’aurait du sens que dans la mesure où Axl aurait vraiment la volonté de revenir au moulin et de donner une nouvelle chance à son groupe (comprenez : « qu’il sorte un nouveau disque avant trois ans »). Mais si l’album se révèle avare en nouveaux classiques, il demeure d’un niveau extrêmement élevé, tant au niveau technique que qualitatif. L’armada de guitaristes s’en donne à cœur joie et les solos répétés de Shackler’s revenge sont autant de raisons de se féliciter d’avoir brûlé un cierge à Sainte-Rita à chaque fois qu’une nouvelle date de sortie de l’album était annoncée. Au niveau des ballades, on hésitera à départager If the world et sa guitare hispanisante et le très bluesy Sorry.

C’est sur un gros soupir nostalgique de l’auditeur que se conclut l’album. Non, il n’est pas parfait (trop long et trop produit). Oui, certaines chansons sont oubliables et rapidement oubliées. Mais qu’est-ce que ça nous a fait du bien d’entendre des Guns enfin de retour…