vendredi 1er juin 2012
 

God of War Collection

Sony CE, PS3 (2009)

Rares sont les jeux datant de moins de 5 ans qui peuvent se targuer d’être la référence de leur style. La série des God of War fait partie de cette catégorie d’oeuvres vidéo-ludiques : oui, à ce stade de réussite, on ne parle plus de soft, mais bien d’oeuvre vidéo-ludique, d’expérience de jeu souvent copiée, jamais égalée. En termes de beat-them-all, il y a bien un avant et un après God of War : une série de 2 jeux, exclusivités de Sony (qui en est d’ailleurs l’éditeur) qui a contribué à définitivement asseoir la suprématie de la PS2 sur ses autres concurrentes. Aujourd’hui, le ballotage est nettement moins en faveur de Sony sur la next-gen, mais la firme nippone compte bien sur les prochaines exclusivités à venir (Gran Turismo V, un spin-off de Final Fantasy XIII et God of War III) pour refaire encore un peu son retard.

C’est donc en l’attente fébrile de God of War III qu’il m’est venu l’envie de me replonger dans l’histoire de Kratos, le "fantôme de Sparte", afin de ne rien rater des trames dramatiques qui seront dénouées dans l’opus à venir. Nous voilà donc en présence de la version US de la God of War Collection, regroupant, oh surprise, les deux premiers jeux et des "bonus" (enfin c’est ce que nous dit la jaquette). Première observation, une sortie européenne du jeu n’est a priori pas prévue avant la sortie de GoW III, et seulement sous la forme d’une édition collector (GoW I + II + III). Bizarre...

La force de God of War premier du nom a été de prendre le meilleur des concurrents de l’époque, tels qu’Onimusha ou Devil may cry, et de pousser la logique, l’histoire et le gameplay au plus loin. Devil may cry nous présente un anti-héros ? Kratos sera un millier de fois plus torturé ; les environnements et boss sont démesurés dans Onimusha ? God of War placera le joueur dans des lieux carrément titanesques ; Devil may cry a un gameplay survolté ? God of War ira plus loin dans l’immersion du joueur dans l’action via les nombreuses actions contextuelles (ou QTE pour les intimes)...

L’un des plus grands points forts de la série, basée sur aucune licence existante, a été sans conteste l’originalité de son univers : quelle meilleure toile de fond pour un jeu, qui se veut épique et démesuré, que la mythologie grecque ? Ses bestiaires, ses dieux volages et perfides, ses légendes... Un vivier éminemment riche, et quelle joie de participer à une relecture des mythes fondateurs de notre civilisation. Beaucoup de clins d’œil culturels au détour de combats sanglants et particulièrement gores, le tout soutenu par une réalisation époustouflante : décors et jeux de lumière sont très soignés, level design tortueux mais extrêmement bien pensé...

Être dans la peau de Kratos, ce n’est pas une sinécure. Guerrier vaincu qui a offert son âme à Arès (dieu de la guerre) pour éviter la mort, le chef d’armée spartiate est devenu le mercenaire, l’outil de conquête d’Arès, perpétrant les pires exactions, allant même jusqu’à massacrer sa propre famille. Dans le premier opus, Athéna offre la possibilité au "fantôme de Sparte" de laver ses péchés et d’être libéré du joug d’Arès. Pour cela, et aidé des autres dieux, Kratos doit vaincre son ancien maître, Arès. Celui-ci vaincu, Kratos attend la libération, sa mort, promise par Athéna. Toutefois, les lois de l’Olympe étant strictes, Kratos est obligé de remplacer Arès sur le trône de dieu de la guerre. On laisse à la fin du premier opus un Kratos empli de haine envers l’Olympe et Athéna, qui ont trahi leur parole et ne l’ont pas libéré de ses cauchemars. Kratos laisse éclater sa haine à l’égard des dieux au début du second opus : en tant que nouveau dieu de la guerre, il mène ses armées pour faire plier les cités mortelles vouées aux autres dieux. Zeus ne tolérant plus ces agissements, il fait redevenir Kratos simple mortel. Celui-ci trouve alors de l’aide auprès des pires ennemis de Zeus, les Titans, pour aller défier le dieu des dieux. La fin de God of War II laisse entrevoir un troisième épisode apocalyptique : Kratos, chevauchant Gaïa, le Titan de la terre, monte à l’assaut de l’Olympe avec tous les autres Titans, libérés par Kratos... Pour un beat-them-all, le synopsis a quand même sacrément de la gueule.

C’est entendu, les jeux n’ont pris que très peu de rides et restent particulièrement jouissifs : comment ne pas apprécier d’aller arracher la boîte de Pandore du dos de Cronos, de revenir du royaume d’Hadès pour occire Arès lui-même, de s’emparer des ailes d’Icare, de chevaucher Pégase, de défier les Moires... Mais voilà, qu’y a-t-il de nouveau avec cette version PS3 ? A vrai dire, pas grand chose : les graphismes ont à peine été retravaillés, c’est surtout l’anti-aliasing qui bosse dur, et les textures apparaissent moins artificielles. Le reste, tout pareil, sauf quelques cinématiques qui ont été entièrement refaites. Mais comme ce n’est pas le cas de toutes, les "belles" cinématiques côtoient celles d’époque, et la comparaison pique un peu les yeux, comme le veut l’expression de gamer. Côté gameplay, rien n’a été changé : les manettes étant les mêmes, a priori pas de souci. Sauf un détail : les gâchettes sont analogiques sur PS3 (pas sur PS2) et rendent pénibles les QTE où il faut les écraser frénétiquement, ce qui est souvent le cas dans God of War premier du nom. Question contenu bonus, là aussi il faut chercher pour au final ne pas trouver grand chose : tous les défis, costumes bonus, making-of étaient déjà dans les versions de base. Seuls un piètre lien vers la démo de GoW III (qui nous fait encore un peu plus saliver) et l’ajout des sacro-saints trophées sont les réels suppléments de cette God of War Collection. C’est un peu juste, clairement fainéant, mais le plaisir de jeu est tel qu’on en arrive à ne même pas en tenir rigueur (surtout que le prix du soft reste raisonnable).

En conclusion, si vous avez manqué les deux premiers épisodes de cette série maintenant culte, jetez-vous sur ce soft en import. Si vous avez joué aux jeux à l’époque ET que vous n’avez plus les galettes, comme c’est mon cas, jetez-vous aussi dessus, tant le plaisir est intact. Si vous avez encore les jeux, et une PS3 retro-compatible ou une vieille PS2, économisez-vous cet achat, mais rejouez aux jeux ! Vous allez littéralement les dévorer. Maintenant, autant le dire honnêtement, le but visé de cette compilation est atteint haut-les-mains : créer une frustration et une envie furieuse d’enchaîner sur la suite... Pour une fois, ça fait presque du bien de passer pour une vache à lait... God of War III n’est pas encore disponible à l’heure où j’écris cette chronique. Rageant, sur quoi va-t-on passer ses nerfs en attendant ? Heureusement que le calvaire ne sera pas trop long : le 17 mars 2010, ça va saigner, nom de Zeus !