
(2010)
Premier contact, pour ce qui me concerne, avec ce groupe de post-rock américain, et conquête instantanée. Bon d’accord, c’est du post-rock, mais je ne vais pas vous sortir mes rengaines habituelles sur ces longues plages instrumentales, sur cette mise en musique d’ambiances angoissantes et pesantes. Non, car Gifts from Enola est bien plus rock que post. La musique de ces quatre Virginiens est avant tout fondée sur des gros riffs qui tachent et une rythmique vigoureuse.
Il en résulte un album assez court et punchy, qui fait taper du pied et donne envie de gonfler le son en baissant les carreaux de la voiture. Il y aurait là presque de quoi faire un album commercialisable avec chanteur, format court et tout le bastringue. « Aurait », car le groupe, qui cite des influences classiques pour le genre (GYBE, Mogwai, Explosions in the sky) n’oublie pas les breaks, passages ambiants avec un beau gros delay. Mais à contre-courant du genre, il ne fait pas perdurer indéfiniment ces moments éthérés et s’en sert comme d’une rampe de lancement de solos ou de nouveaux riffs tonitruants (Lionized est édifiant à ce sujet).
Forcément, ce que le groupe gagne en immédiateté et énergie, il le perd en intensité et en pouvoir d’évocation. On ne risque donc pas, malgré les références littéraires à Chuck Palahniuk, d’être hanté longuement par cette musique qui fait fonctionner tous les sens à court terme. A chacun, donc, de faire son marché en sachant ce dont il a envie. Mais un groupe qui combine les canons du genre avec une approche plus fougueuse qu’à l’accoutumée mérite le détour. Car sans révolutionner quoique ce soit, et malgré, il faut l’avouer, le manque d’un tout petit quelques chose qui élève le disque au-dessus de la norme moyen-sup, cet album apporte un peu de sang neuf bienvenu et déploie une belle énergie.
