vendredi 1er juin 2012
 
 
 

News
Gainsbourg, le film : la bande-annonce

Mercredi 11 novembre 2009

Voici la bande-annonce du biopic sur Serge Gainsbourg devant sortir le 20 janvier prochain. Gainsbourg (vie héroïque) est réalisé par le dessinateur de BD Joann Sfar. Nous vous rappelons le casting du film, qui ciblera aussi bien l’itinéraire artistique que personnel du chanteur - compositeur :

- Serge Gainsbourg : Eric Elmosnino
- Jane Birkin : Lucy Gordon
- Brigitte Bardot : Laetitia Casta
- Juliette Gréco : Anna Mouglalis
- Bambou : Mylène Jampanoï
- Boris Vian : Philippe Katerine
- France Gall : Sara Forestier
- Fréhel : Yolande Moreau


Voici la note d’intention de Joann Sfar :

Si je devais travailler sur un long métrage qui ne soit pas une adaptation de mes bandes dessinées, j’aimerais qu’il porte sur la vie héroïque de Serge Gainsbourg. Ma maman a commencé la chanson au moment où France Gall découvrait Gainsbourg. Elle a fait deux disques avec Eddie Barclay, quelques photos avec Claude François et elle est morte. Derrière elle restait un garçon de trois ans qui est devenu dessinateur. Certains artistes se choisissent des maîtres dans leur propre discipline, ça ne me convenait pas, mon maître, ça a toujours été Gainsbourg. Et comme je ne voulais pas le déranger en faisant le chanteur, je suis devenu dessinateur.

Lorsque j’ai décidé de quitter ma ville de Nice pour aller à Paris, c’était pour rencontrer Serge Gainsbourg. Je pensais que puisque je l’aimais il m’aimerait forcément. Je voulais faire une bande dessinée sur Evgueni Sokolov. Un mois avant que j’emménage, Gainsbourg est mort.

Peu après, je commençais mes études aux Beaux-Arts de Paris et tout près de son hôtel de la rue de Verneuil, je découvrais les peintures de Pascin. Un autre héros juif, une autre gloire française. J’écrivais encore aux héritiers de Gainsbourg pour qu’on m’autorise un Sokolov en bandes dessinées mais comme personne ne répondait, j’ai fait Pascin. Et je crois que depuis ce moment-là, je me répète très souvent "un jour, je ferai un film sur Gainsbourg, puisque c’est le héros de mon enfance".

Je voudrais raconter toute la vie de Gainsbourg, parce qu’il me semble que tous mes livres me conduisent sur ce chemin. Ça sera un film très exact mais ça ne sera pas une biographie de chanteur, ça sera une vraie histoire. Il faudra montrer Paris mais aussi à Londres. Il faudra même aller sous les tropiques, chez les rastacouères. On ira aussi au Louvre.

Il n’y aura pas de pornographie, il n’y aura pas de choses impudiques comme je peux mettre dans Pascin mais énormément de personnages vulnérables qui se parlent à l’horizontale. Je voudrais que les héritiers de Gainsbourg soient fiers de ce film, je voudrais que ça ne blesse personne. Je ne veux pas perdre de vue ce fil d’or : c’est l’histoire d’un grand poète.

Lorsque la vie séculaire s’invite dans cette dramaturgie, c’est pour mieux faire comprendre le chemin forestier que parcourt un poète en marche. Quand il parle avec une femme, quand il est sur les genoux de son père qui lui joue du piano, quand il fait le malin parce qu’il y a des caméras, c’est pour mieux raconter ce drame très singulier : le dernier poète français a dû supporter le monde de la télévision. Ça sera drôle mais sans le moindre cynisme, il faut être le dernier des imbéciles pour croire au cynisme de Gainsbourg. C’est l’histoire d’un homme pudique qui se protège comme il peut.

Je voudrais que nous ayons les moyens de faire une œuvre qui supportera la comparaison avec les Ray Charles et Johnnie Cash des Américains, mais j’espère que ça aura plus de souffle. Ce film n’aura d’intérêt que s’il verse dans l’épique. Il faut sentir le sang russe. Il faut un "beat" du début à la fin. Pas de réutilisations de bandes originales de Gainsbourg. Pas de musique de film trop jazz ou séduisante. Uniquement des choses rejouées et rechantées, mais plus vraies que nature. Dans ce domaine, Olivier Daviaud et moi-même voulons un son à l’américaine, comme dans les œuvres de T Bone Burnett. Son travail sur O Brother ou sur Walk The Line nous montre la voie : c’est vraiment du cinéma et de la création. Ça n’abîme pas les enregistrements originaux en les plaquant artificiellement sur de nouvelles images. Il faut un son dans lequel les voix, les musiques et les environnements jouent sur les mêmes harmonies.

Ça ne sera pas un film anodin et je crois qu’il est urgent de raconter cette histoire ces temps-ci. Ça sera politique, comme peuvent l’être les poètes qui ne demandent rien d’autre que d’avoir la paix. Je crois qu’il faut bien montrer à nos petits Français qu’ils ont eu il n’y a pas si longtemps des héros sur leur sol. J’aime mieux Gainsbourg que Zidane, comme symbole. La dernière fois que j’ai vu un poète courageux, c’était Gainsbourg face aux paras chantant Rouget de Lisle et lui redonnant un peu de chic. La dernière fois qu’à la télé j’ai entendu un homme de goût, c’était Gainsbourg expliquant Mantegna.

Je voudrais que ça commence à Paris quand il passe entre les gouttes de pluie avec son étoile au revers du veston. Je voudrais que ce petit garçon trouillard devant les bruits de bottes attende d’être seul dans une ruelle pour transformer son étoile juive en étoile de Shérif. Je veux montrer comment on ne parle pas tellement français dans sa famille. Il faudra aussi s’attarder sur le petit matin dans les ateliers des Beaux-Arts, car je connais ça très bien. Je voudrais faire voir ce romantisme extrême et retenu, cette façon délicate dont il faisait chaque chose et la manière dont parfois tout d’un coup il prenait son sujet par les couilles.

Il faut montrer comme c’est casse-gueule d’écrire des chansons et de remettre son titre en jeu à chaque nouveau disque car Gainsbourg ça n’est pas Nougaro, il a le courage d’aller chercher les gamins là ou ils se trouvent, c’est le plus classique et le plus moderne de tous. Il faut montrer quels sommets il atteint en écriture et l’instant d’après il faut le voir sur le plateau de Gildas. Les moments de publicité, les moments de Gainsbourg à la télé, ne seront jamais montrés avec complaisance ou comme des scènes drôles. Tous les artistes savent la tristesse qu’il y a à se rendre drôle ou aimable du public, alors qu’on n’attend rien d’autre qu’une oreille intelligente, qu’un regard aimable, que des bras rassurants.

Gainsbourg me bouleverse par son courage et par son extrême fragilité, j’aime le pas de ses chaussures blanches, j’aime qu’il n’ait pas de chaussettes même quand il fait froid. J’adore qu’il ait l’obsession du cinéma et du dessin. J’adore qu’il enrage de ne pas parvenir dans ces langages graphiques à l’évidence qu’il trouve en chanson. J’aime que ça soit difficile pour lui.

Il ne faut pas faire un film historiographique ou anecdotique, il faut que ça devienne un mythe moderne car la figure de Gainsbourg est radicalement nouvelle et ni la littérature, ni le cinéma n’ont rien dit sur cet héroïsme là. Rien de plus christique, rien de plus juif, rien de plus russe que Gainsbourg.

Bien entendu, même si je connais sur le bout des doigts la vraie vie de Serge Gainsbourg, je ne souhaite pas faire un film "réaliste" ou "journalistique". Je propose une fable russe, une légende moderne. Je ne souhaite pas faire autre chose que du Joann Sfar. Les lecteurs du Chat du Rabbin, de Pascin ou de Klezmer retrouveront dans mon Gainsbourg toutes mes obsessions : l’amour comme remède à tout, l’absurde et le tragique des poètes slaves, l’ironie omniprésente et des créatures surnaturelles sorties d’un tableau de Chagall ou des carnets de Topor.

Ce film sera donc truffé de mensonges car je les adore, les mensonges. C’est ma façon de faire une œuvre pudique : mentir sans cesse. Comme toujours, je me documente énormément, puis je fais exprès d’oublier la moitié des choses. Et je fais de mon sujet un héros de légende. Je voudrais que mon Gainsbourg ait la grandeur du Roi Soleil de Guitry, la désespérance du Van Gogh de Pialat. Il y a eu des Gainsbourg trash, pop ou sex. Le mien sera russe. C’est un héros d’Isaac Babel, de Gogol ou de Dostoïevski.

Je voudrais que ce film parle même au public étranger qui ne connaît pas Gainsbourg. Je voudrais que les spectateurs s’accordent à y voir non seulement un destin extraordinaire mais surtout un archétype moderne. Je crois que Gainsbourg est plus héroïque que Superman, au sens où les grecs l’entendent, parce que le héros c’est celui qui prend des choses sur le coin de la figure et qui est tellement courageux qu’il se saisit des braises à mains nues. Le héros, c’est celui qui ramène au public des morceaux de lave rougeoyante, comme faisait Prométhée.

J’ai conscience que c’est énormément de poids sur mes épaules, mais j’adore ça, porter des choses trop grandes pour moi.