
(2010)
Il y a des albums, comme ça, qui ont l’air d’avoir été pensés pour vous plaire… pardon… on stoppe le trip égotique et on recommence…
Il y a des albums, comme ça, qui vous happent immédiatement, se répandent en vous avec une vitesse effroyable et qui, au fur et à mesure des écoutes, semblent vous renvoyer à vous-mêmes. Des albums rares, qui agissent comme un miroir, auxquels vous pouvez vous identifier. Et si les quelques dernières années ont vu passer les Red Sparowes, Apse et Kwoon, 2010 sera indubitablement l’année de Flyingdeadman.
La formation française semble avoir particulièrement bien digéré une quinzaine d’années de post-rock. Des monuments déstructurés initiaux aux folies destructrices du post-core actuel, en passant par les crescendos astraux de Sigur Ròs, toute cette science du mouvement, de la construction/destruction, de l’exploration, se retrouve ici synthétisée. Alors, forcément, si on navigue souvent en terrain connu, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, il est dans la puissance et l’intensité phénoménales que dégagent la plupart des titres.
L’album est décomposé en trois parties distinctes. La première partie, la plus importante, comporte les six titres qui charpentent le disque. On ne va pas vous en livrer un track-by-track, mais qu’il nous soit permis de mentionner le très beau et très maîtrisé mouvement ascensionnel de Why, qui ouvre l’album, l’ambiance crépusculaire de Sunday 12 qui n’est pas sans rappeler le groupe Idem, ou encore le fantastique Black Sun, titre qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. On ressort gavé, repu et heureux de ces six morceaux, auxquels succèdent trois remixes. Oui, vous avez fait la moue, c’est compréhensible. Et pourtant, aucun doublon ici. Au contraire, des relectures intelligentes, très belles et suffisamment éloignées du matériau original pour captiver tout autant. Alors bien sûr, un remix ne sera jamais comparable au travail du groupe, mais dans le cas présent, l’incorporation à l’édifice de l’album de ces trois titres, si elle ne se justifie pas sur le fond, est parfaitement réussie et permet de souligner toute la richesse des compositions du groupe, les remixes mettant davantage en avant l’aspect trip-hop des chansons, discret mais pourtant bien présent, spécialement au niveau de la section rythmique. Enfin, le groupe propose une collaboration bien plus orientée post-core. Si la musique est typique de ce qui nous est proposé dans la première partie du disque, l’habillage vocal est un peu moins pertinent, n’atteignant pas la puissance d’évocation d’Isis ou de Cult of Luna (ben oui, toujours eux). Tout petit bémol mais qui ne gâche en rien le plaisir immense et foudroyant que le disque (autoproduit, c’est toujours bon à signaler) a pu nous procurer et, on le sait déjà, qu’il continuera encore longtemps à nous procurer.
