vendredi 1er juin 2012
 

Et la politesse, bordel ?

Je suis toujours fasciné par les « signes de reconnaissance », vous savez, ces attitudes et gimmicks qui font que les membres d’un même groupe social se reconnaissent entre eux.

Même au volant.

Prenez les motards, par exemple. Ils ne se connaissent pas tous, vous n’allez pas me faire croire ça. Et pourtant, ils n’arrêtent pas de lever la patte dès qu’ils se croisent. Une façon bien à eux de se dire : « Salut, rebelle. Nous sommes pareils, toi et moi, nous luttons pour la liberté de nos âmes, nous cherchons à nous connaître davantage en frôlant la mort à grande vitesse sur des routes mal entretenues, en dépassant ces esclaves entassés dans leur bagnole ». Les mopettes sont bien évidemment exclues du lot.

Idem pour les routiers, qui sont tout simplement incapables de ne pas faire la démonstration de la puissance de l’avertisseur sonore de leur engin, ou de rappeler à tout le monde devant eux que leurs phares sont équipés des mêmes ampoules que le spot de Batman. ’sont pas discrets, mais au moins ils sont sympa entre eux.

Ca fonctionne même pour les chauffeurs de bus ! Ils ont beau ne pas se connaître, ils se feront toujours un petit signe de la main. Même si le chauffeur de Malèves-Sainte-Marie-Wastinnes croise pour la première fois de sa vie le chauffeur de Morville, il lui fera signe, c’est certain. Mais attention, on parle bien des chauffeurs de bus, pas des chauffeurs de car, espèce à part qui ne récolte pas de signe de la main de la part des fonctionnaires.

Et les automobilistes ? Ben oui, constatant la politesse et le besoin de reconnaissance mutuelle de tous les autres usagers de la route, je m’étonnais de ma propre indifférence par rapport à mes coreligionnaires. C’est ainsi que je me mis à observer mes compagnons de route afin d’identifier un petit geste, un signe quelconque de reconnaissance. Et ma patience fut récompensée. Ce signe existe bel et bien ! Il n’est pas encore généralisé, mais se répand de plus en plus. Alors, afin que la lutte s’organise, que les automobilistes puissent se prétendre membres d’une seule et même caste : fourrez-vous un doigt dans le nez ! Regardez bien autour de vous, c’est tantôt discret, tantôt tellement ancré dans les mœurs qu’on ne s’en rend même plus compte, mais pourtant, c’est indéniable, les automobilistes adorent s’enfoncer au moins deux phalanges dans les naseaux. Heureux d’avoir enfin compris comment me faire intégrer sur le bitume, je me mis à me fouiller ostensiblement les tréfonds nasaux. J’ignore comment interpréter la réaction de mes frères à quatre roues, toujours est-il que la majorité d’entre eux avaient l’air… de me regarder dans le nez.